LIVRE TRENTE-TROISIÈME
cher une rade qu'un combat. Rejoint dans le canal de Chio par dix autres vaisseaux de guerre, qui débouchèrent enfin des Dardanelles y il mouilla sur ces mêmes vagues où la flotte d'Antiochus avait attendu jadis les galères romaines et décidé le sort de l'Asie.
La disposition de la flotte turque, à peu près semblable à celle de la flotte française, à Aboukir, devant les vaisseaux de Nelson, avait la protection de quelques batteries de terre, mais les désavantages de l'immobilité, tactique timide devant un ennemi mobile. Quinze vaisseaux à trois ponts, cinq frégates, sept bâtiments à un pont, quarante galères amarrées sur deux ancres, formaient un croissant concave dont les pointes s'appuyaient sur des bancs de sable infranchissables ou sur des écueils fortifiés. Devant ce croissant de bronze s'étageait l'île verdoyante de Chio, interposée entre le canal et la haute mer comme un long rempart naturel flanqué, au bord de la plage, des tours et des cré* neaux des forts vénitiens ; derrière, la côte aride et dentelée de l'Asie-Mineure s'infléchissait un peu pour former en face de Chio le petit golfe de Tchesmé, au fond duquel blanchissaient sur une plage basse les mosquées et les minarets de la petite ville grecque de ce nom. Un bassin de quatre lieues
marines de largeur se ridait d'ane brise légère da nord entre la flotte ottomane à Tancre et le riyage de Chio ; la rade de Tcbesmé formait comme Tar* rière-port de cette mer étroite. On dirait d'un cirque formé parla nature pour un spectacle natal^ dont les pentes de Chio et de Tlonie seraient les gradins.
Les trois escadres russes^ commandées pour Paclion par Tamiral Spiritof , rieui marin sans expé* rience de la guerre navale , débouchèrent au leter du soleil, le 17 juillet, des défllés formés par les il es Spalmadores, voguant à pleines voiles dans le canal. Elles ne formaient en tout qù^un groupe de neuf vaisseaux el quatre frégates, force inégale atu soixante bâtiments des Turcs.
Alexis Orlof , intimidé à l'aspect de ce rempart flottant qui couvrait de canons la côte d'Asie, laissa son frère Théodore, l'amiral Spiritof, Elphinston el le contre-amiral anglais Greig, conseil de Spiritof, fondre sur les vaisseaux turcs, et se tenant de sA personne sur une frégate hors de portée des boulets, jparut se jpréparer pour la fuite plus qtié potur la victoire. Les premiers vaisseau! de Spiritof^ courut