LIVRE VINGT-NEUVIÈME
Pendant qu'il préparait la guerre, il continuait à négocier la paix à Vienne ; sa sagacité politique lui faisait assez comprendre que la France, retirée désormais du champ de bataille occidental et abandonnant la Turquie à ses propres forces, les armées de TAutriche longtemps occupées sur le Rhin reflueraient avec une irrésistible impétuosité sur le Danube. Amoudjazadé se confia, comme c'était l'habitude des Ottomans, dans ses rapports avec les puissances européennes, à ce génie supérieur des négociations dont la nature semble avoir doué la race grecque. Le grec Maurocordato , interprète de la Porte, qui attendait déjà dans une honorable captivité à Vienne l'issue de la guerre, reçut ordre de renouer les conférences. La cour de Vienne accepta la médiation officieuse des ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande. Les envoyés de la Pologne, de Venise et de Russie participèrent aux discussions et aux résolutions de la conférence. Maurocordato aplanit et trancha tout par son génie à la fois insinuant et obstiné sous l'apparence de la souplesse.
La ville de Carlowitz, voisine de Belgrade et du Danube, fut choisie pour ce nouveau traité de Ris-
wick de rOrient. Pour simplifier l'étiquette et pour désintéresser les prétentions de préséances entre la fierté des Ottomans et la susceptibilité de l'Allemagne, Maurocordato fit construire, à Garlowitz^ ane rotonde percée d'autant de portes qu'il y avait de représentants des puissances accréditées à la confôrence, et par lesquelles ils entraient tous à la fois dans le congrès. Une table ronde aussi réunissait , sans possibilité d'assigner les rangs égaux autour du tapis, les négociateurs.
Deux mois de conférences fastidieuses à retracer, autrement que par les résultats, aboutirent enfin, le26 janvier 1699, au traité de Carlowilz.
a Ce jour-là, disent les annalistes du congrès, à dix heures du matin, tous les plénipotentiaires, à l'exception de celui de Venise, se rendirent solennellement au lieu habituel des séances. Ceux de l'empereur étaient précédés de cent cuirassiers en grande tenue, et suivis de leurs voitures de gala et de leurs chevaux de main; les plénipotentiaires turcs étaient escortés par un corps de janissairesetdc spahis. Lorsqu'on fut arrivé à la salle des conférences, on donna lecture des traites conclus avec l'Autriche, la Pologne et Venise; mais on attendit pour la signature jusqu'à onze heures trois quarts, par déférence pour lereis-eÛendi Rami, auquel ses calculs avaient appris