LIVRE TRENTE-TROISIÈME
vant tard en ligne avec Tarrière-garde, et voulant au moins sauver le vaisseau amiral russe, lui envoie sur trois chaloupes cinq cents hommes de renfort. Ces cinq cents Russes abordant le vaisseau d'Orlof par son flanc libre, rétablissent le combat, éteignent le feu et précipitent Hassan et ses combattants dans la mer.
Mais Hassan, nageant vers les vaisseaux encore intacts de sa ligne, remplit trois felouques de soldats intrépides, rame vers le vaisseau délivré, dépouille ses habits et son turban mouillés, les jette à la mer, suspend ses deux pistolets par un cordon à son cou, saisit son sabre nu entre ses dents, et s' attachant de ses mains libres aux cordages, escalade une seconde fois avec ses braves les flammes du vaisseau russe, et recommence le combat au pied de ses mâts embrasés.
Greig, Orlof et Spiritof, voyant leur vaisseau incendié par les voiles et dérivant vague à vague vers lesécueils où il va s'échouer, se jettent dans les chaloupes, et livrant sa proie à Hassan, voguent vers les vaissseaux d'Elphinston. Hassan, resté seul sur le pont brûlant avec un fidèle Algérien, son ami, et un Espagnol esclave blessé à ses côtés et respirant encore, précipite l'esclave avant lui dans la mer, le soutient en nageant d'une main sur les flots pendant
que rAlgérien le soutient de l'autre côté. Ils sauvent
ainsi le compagnon de leur gloire.
Poursuivi dans cette situation désespérée par un Grec monté sur un canot russe, qui espère venger sa cause sur le héros des Ottomans, Hassan, atteint par le Grec, le saisit par son sabre, Tentraine hors de son canot et le poignarde sous la vague. Il aborde enfin sur une grève de la côte d'Asie.
Les deux vaisseaux, qui ne forment plus qu'un seul bûcher, se séparent sous le vent, et leurs mâr turcs tombent en charbons dans la mer. Le vaisseai) russe échoue le premier, et éclate quelques minutes après avec un tonnerre et des débris qui font IrenH hier la terre et bouillonner les vagues. Le vaisseau turc, porté par le courant sur le centre de ta flotte embrasée s'avançait comme un immense brasier flottant vers le centre de la ligne turque, poussé par la brise du nord qui portait sur eux sa fumée et bientôt sa flamme. Toute la flotte leva Tancre pour Téviter, et longeant la côte d'Ionie sous ses baisses voiles, contourna le cap à sa gauche, et s'enfonça comme dans un piège dans le golfe étroit de Tchcsmé.
Les Russes, un moment écartés de la côte par la crainte d'être écrasés sous les débris des deux vaisseaux embrasés prêts à sauter, se réjouirent deoetto