LIVRE TRENTE-QUATRIÈME
presqu'île 'et Yengèrent leur protégé dans le sang des partisans des Turcs. La France s'interposa, par les ordres de Louis XVI à M. de Saint-Priest, son ambassadeur en Turquie.
La gueire fut non étouffée, mais ajournée par d'insignifiantes concessions de la Russie. L'impératrice laissait mûrir l'anarchie de Crimée pour en cueillir plus facilement le fruit. Elle bâtissait Cherson, à l'embouchure du Dniester, dans la mer Noire ; elle apprivoisait peu à peu les rudes Tartares de Crimée aux mœurs des Moscovites et à la servitude par la main de Saïm-Ghérai, qui jouait en Crimée le rôle que Poniatowski, son amant couronné jouait,, en Pologne. L'un et l'autre endormait sa nation pour l'assouplir à la conquête.
Le nouveau favori de Catherine, Potemkin, parvenu à la domination par le caprice, voulait légitimer ce caprice par des exploits. Il s'approcha avec une armée de quatre-vingt mille hommes, en Crimée, sous prétexte d'y soutenir Saïm-Ghérai contre un de ses frères révoltés dans le Kouban. Hassan- Pacha, frémissant de honte pour pati , débarqua de son côté dans l'île de Tamj de la Crimée. Potemkin fit sommer ' y
cuer l'île. Hassan, en sauvage d( Kurdes, trancha la tête de l'envoyé i 1
des Tartarcs ouvrit les portos do la Péninsule à Polomkin. Un lieulenant de ce général surprit Cafla et s'empara de Saïm-Ghérai lui-mômc, dans un piégc semblable à celui où Napoléon prit à Bayonne la dynastie tout entière d'Espagne,
Un général russe, dont le nom devait Atro aussi fatal à la Turquie qu'h la Pologne, SouwarolT, subjugua les Tartarcs indépendants de Kouban. Le khan, prisonnier des Russes, envoya à Pétcrsbourg un carquois, un arc et un caftan tartarcs, signes du pouvoir et de la nationalité abdiqués par lui au nom de sa race entre les mains de Catherine. L'acte authentique de la cession de la Grimée aux Russes accompagnait ces honteux présents. Salm-Ghérai, le vil trafiquant de Tindépendanco de son peuple, reçut en retour un présent d'un million et demi qu'on ne lui paya pas. L'auteur de la trahison mérite d'ôtrc lui-même trahi. Un manifeste de Catherine apprit au monde étonné et muet cette spoliation d'une partie de la famille de Gengis-Khan. De misérables prétextes, qui se retrouvent sous la plume de tous les publicistcs de la conquête, répondirent au murmure de l'Europe.
« L'inquiétude naturelle aux Tartares, » disait l'impératrice, « fomentée par des insinuations dont « la source ne nous est pas inconnue, est cause
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^ é[\i*\h sont tombés dans un piège tendu par des 0 mains qui avaient semé parmi eux le trouble et la «division; de sorte qu'on les a tus travaillet" à « ruiner Tédifice que nos soins bienfaisants avaidnt « életé pour leur bonheur, eh leur procurant la « libel*té et Tindépendanee soUs rautoHtéd'un ehef «élu par eùx^niêmes.
k Animée d'un désir sincère de eoniirmc!f< et de a maintenir la dernière paix conclue avec la Porlé^ d Ollômane , en prévehaht lés discussions eonti- «c Quelles Causées par les affaires de la Grimée^ nous à réunissons à notre empire toute cette péninsule, c Tile de Taman et le Kouban, feomme une juste « indemnité des pertes que nous avoni faites et des a dépenses que nous avons supportées pour maina tenir autour de nous la paix et le bonheur. »
Ce manifeste, où la violence dédaignait guiser sous Tastuce, souleva Constanlinopl i
il aurait soulevé TEuropc entière dans j re temps. Mais à Texccplion de TAnglëterre et la France, muettes par égoïsmc, toutes 1 puissances occidentales étaient Itiuet r cité. Chacune d'elles, en effet, avait
un crime politique qui ne lui permettait plus d'élever la voix contre un autre crime.
Le premier partage de la Pologne était accompli. L'Autriche, dans une négociation dérobée à la France et à l'Angleterre, s'était adjugé toute la rive gauche de la Vistule , la Russie-Rouge et la Volhynie. Trois mille lieues carrées étaient dévolues à Catherine II, deux mille cinq cents lieues carrées à la Prusse.
« C'est un acte de générosité, que, de concert a avec les deux puissances voisines de la Pologne, « la cour de Russie se prête à mettre fin à Panar- « chie qui désole cette nation, à lui assurer une a existence mieux réglée, plus heureuse et plus a tranquille. Après la perte irréparable en hommes « et en argent que lui cause une guerre injuste, a dont les Polonais sont les seuls instigateurs , il (( doit paraître bien modéré que sa majesté impé- (( riale de toutes les Russies se borne à n'exercer « que des droits aussi incontestables que les siens, « et à se procurer la réparation de dommages que (( jamais un État ne peut refuser à Pautre, et qu'ici a rien ne soit aggravé par la vengeance la plus «juste. »
Le lâche roi que Catherine II avait rejeté de sa faveur pour le placer sur un trône, Ponialov?ski pit>-