LIVRE TRENTE-QUATRIÈME
lesta mollement et remercia humblement l'impératrice.
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Après une vaine agitation que l'Angleterre s'efforça seule d'animer jusqu'aux armes, et que la France assoupit dans la crainte de déplaire aux trois puissances liguées du Nord, le divan légitima une seconde fois l'usurpation de la Russie par une cession plus explicite de la Crimée. Cet acte humiliant fut signé, en 1784, dans le kiosk des Miroirs.
Le servile Saïm-Ghérai, qui avait ouvert soapays et vendu sa race, suivit quelque temps, comme un courtisan dépaysé, la cour de Potemkin, pour y mendier le prix de sa trahison. Négligé, oublié, traité par Potemkin en serviteur importun à qui on refuse son salaire, Saïm-Ghérai se réfugia dans sa détresse à Constantinople. Abdul-Hamid le fit charger de chaînes et l'envoya en exil à Rhodes; le bourreau l'y attendait. Son supplice vengea les Tartares. Le sang de Gengis-Khan coula dans la boue. Pendant cette exécution tardive et vaine du dernier souverain de la Crimée, Catherine II, semblable à la Cléopâtre du Nord, parcourait sa nouvelle conquête avec un cortège de rois, d'ambas-
i4 HIStOIRE DE LA TURQUIE.
sadeurs et de courtisans de la fortune qui rivalisaient d'adulation auprès de cette femme perverse et grandiose qui effaçait le souvenir de son ancien crime domestique sous le bonheur de ses crimes d'État. L'ambassadeur de France lui-môme, le comte de Ségur, courtisan plus lettré que politique, assaisonnait ses flatteries des souvenirs de Tanliquit6 fabuleuse que rappelait à chaque pas celle Tauride à laquelle Catherine rendait son nom. Les Tartaros, caressés et soldés par elle, devenaient Tavant-garde des Russes contre un empire du mfime sang qu'eux. Une inscription prophétique, à double sens, gravée sur une borne milliaire de la Cherso^ nèse-Taurique, disait aux Russes: • C'est ici ls chS'
MIN DE BtZANCE. »
C'est pendant ce voyage, en apparence paciGque, de Crimée, que Joseph II, le plus remuant et le plus inconsidéré des souverains d'Allemagne, signa avec Catherine le traité secret par lequel il s'engageait à tout permettre à la Russie contre Témpire ottoman, à condition de tout partager. Le soulèvement de ses propres provinces des Pays-^Bas lé rap^ pela des confins de l'Asie à Bruxelles;