LIVRE TRENTE-QUATRIÈME
épée. Ce prince, qui convoitait toutes les gloires^ était destiné à échouer dans tous ses rèveSé
Potemkin , Romanzoff et Souwarofif relevaient U ligue en Moldavie et sur le Dniester; Choczim allait tomber devant eux le 17 octobre. Potemkin assié** geait Oczakof avec cent mille Russes aguerris par les longues guerres de Pologne et de Crimée. Un corsaire américain, Paul Jones, entré au service de Russie, et le prince de Nassau, aventurier de terre et de mer qui cherchait partout un écho à son nom, commandant une flotte de quatre-vingts bâtiments légers, secondaient dans Tembouchure du Dniester les travaux du siège.
Hassan déboucha de la mer Noire avec vingtcinq vaisseaux, quinze frégates, quarante-cinq bombardes, au commencement de mai, offrant le combat à l'escadre russe. Souwaroff le foudroya au moyen d'une batierie de trente pièces de canon masquées par la dune et démasquées à la vue du pavillon turc. Les six vaisseaux de l'avant* garde d'Hassan coulèrent, le vaisseau qu'il montait lui-même échoua pendant le combat; sept autres de ses vaisseaux ou frégates s'ensablèrent vni. 2
également dans ce canal étroit et sans fond. Ses équipages, épouvantés par l'abordage des Russes et écrasés sous les boulets des batteries de terre, se jetèrent aux flots pour regagner la rive ; lui-môme, assis sur le rivage, la tête entre ses mains, et sa barbe blanche mouillée de ses larmes, assistait, désarmé, au désastre de ses vaisseaux. Il recueillit à la hâte ses débris, et rentra avec ses agrès brisés et ses vaisseaux décimés dans le port de Constant tinople, pour y répondre de son malheur par sa tête.
Le sultan et le peuple ne le punirent pas de son courage. Il repartit peu de jours après avec une nouvelle flotte. Le prince de Nassau et Souviraroff qui l'y attendaient, mieux préparés encore à la lutte, anéantirent, le 2 août 1788, le dernier espoir maritime de l'empire. Quinze vaisseaux de ligne, dix-huit frégates, cinq mille tués, six mille prisonniers furent les dépouilles de Potemkin.
Oczakof , défendu avec acharnement par trentecinq mille Turcs, fut emporté, le 6 décembre, dans un assaut où la brèche resta couverte de trente mille morts. Le massacre du reste de la garnison et des habitants dura trois jours après la reddition de la ville. Vingt mille habitants, femmes, enfants, vieillards, égorgés par les Russes de Potemkin, égalèrent