LIVRE TRENTE-QUATRIÈME. Î
dans les décombres d'Oczakof, les boucheries de Timour à Persépolis et à Bagdad.
e sultan Abdul-Hamid expira au bruit de la chute d'Oczakof.
Son règne n'avait été qu'un long écroulement; Il laissait Tempire en détresse, le boulevard du Dniester renversé dans le sang, le Bosphore ouvert aux flottes russes, l'arsenal vide, l'Archipel travaillé par les complots de la czarine, le Nord relié en une seule ligue contre lui, la Pologne garrottée et dé-? membrée, la Hongrie couverte des troupes de Landon, sa dernière armée encouragée par de premiers succès contre Joseph II, tremblante maintenant aux noms de Potemkim et de Souwarofi*, enfin la France, attentive aux premiers symptômes de sa révolution, détournant ses regards de la Turquie pour les reporter sur elle-même. La révolution à combattre ou à accomplir était devenue la seule politique de la France.
Jamais l'empire ottoman n'avait eu tant d'ennemis et si peu d'amis. L'ignorance du divan était le seul rideau qui empêchât les Turcs de voir l'excès de leurs périls, et, pour comble de malheur, un
prince malheureux^ le Louis XVI des Ottomans, Sélim allait monter au trône.
Abdul-Hamid laissait deux fils au berceau, Mustapha et Mahmoud. Mais les lois de Tempire n'admettant pas cet interrègne, qu'on appelle régence dans les monarchies héréditaires de TEurope, le sultan Sélim III, son neveu, était appelé à lui suû* céder.
Sélim avait vingt-cinq ans à la mort d'Abdut- Hamid. Son oncle Tavait élevé plutôt comme Tainé de ses enfants que comme le rival de ses propres fils. Le trône ne le surprenait pas dans l'ignorance des affaires publiques. Âbdul-Hamid lui confiait depuis longtemps les mystères du sérail et les soucis du divan. Il se complaisait à former dans Sélim un prince doux et paternel, qui fut à son tour le tuteur indulgent de ses fils. La nature de Sélim se prêtait d'elle-même à ces leçons et à ces caresses.
Sa figure gracieuse, modeste, recueillie, portait dans la majestueuse régularité des traits l'empreinte extérieure de Tprdre qui régnait dans ses pensées ; la sagesse y devançait le temps. Un front pensif, des yeux habituellement baissés, comme