LIVRE TRENTE-QUATRIÈME- 2f
s'il recueillait la méditation sous (Je longues paupières, un nez aquilin comme celui d'Otbipsin, une bouche réfléchie qu'on découvrait à peine à travers les ondes d'une barbe noire et bien peignée, d^ joues colorées des teintes d'un saug riche lu^s calme, une peau basanée sous sa couleur chaude qt grainée de marques de petite vérole, une stature un peu courbée, plus appropriée à la prière et au divan qu'au cheval; enfin une ombre de mélancolie native répandue sur sa physionomie comme un souvenir ou comme un présage des malheurs de l'empire et de ses propres malheurs; tels étaient les traits de ^ Sélim III à sa première sortie du sérail, entouré de ses noirs, d& ses eunuques et de ses visôni, pour 0e rendre à la mosquée d'Aïoub.
Son costume relevait ces dons de la nature et de l'étude; il portait, dit un publiciste français souvent admisdansl'intérieur du Sultan (M. Prévost), une pelisse blanche garnie de fourrures de zibeline, un turban vert autour duquel s'enroulaient des toftsades de mousseline blanche ; ce turban, échancré sur le front pour laisser éclater la majesté du visage, retombait en plis volumineux sur les joues; il était surmonté d'une agrafe de diamants dessinant une tige de plusieurs rameaux de feuilles et de fleurs étincelantes d'où s'élançait une aigrette en plume
Je héron ; le manche d'un poignard persan incrusté de pierreries sortait à demi de sa ceinture et des plis de son caftan entr'ouvert sur la poitrine. Abstraction faite du prestige de la toute-puissance, son aspect, dit le peintre, était resplendissant de naturelle majesté.
Son premier appel au patriotisme des musulmans lit lever cent cinquante mille volontaires du fond de TAsie, de l'Albanie, de la Bosnie et des provinces d'Europe pour voler au secours de la patrie découverte.
Ce n'était ni la foi, ni la patrie, ni la race qui s'affaiblissaient dans le cœur des Ottomans; c^était la science de l'administration et la discipline de la guerre qui n'étaient plus dans le gouvernement et dans les armées au niveau des progrès de l'Europe, Frédéric II, Romanzoff, Souwaroff, le maréchal Laudon avaient inventé un nouvel art de la guerre où le nombre et le courage individuels disparaissaient devant la tactique et devant le mécanisme des bataillons. Les janissaires, milice volontaire et insoumise, auraient rougi d'emprunter aux chré-