‹ Histoire de la TurquieChapitre 202 sur 360 · LIVRE TRENTE-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-QUATRIÈME

on oublia le crime, on ne parla que de Texploit. Les hommes sont lâches dans le jugement quMls portent des hommes. Ils encouragent les grands meurtriers de leur race en amnistiant les massacres pour mieux glorifier le combat. Ismaïl, réduit à un seul homme vivant par Souwaroff, est la gloire d'une boucherie plus que d'une victoire. Mais Catherine II avait embauché , depuis Voltaire , les organes de la renommée eu France et en Allemagne. L'engouement donnait le vertige aux cabinets européens.

L'émotion de Ciônstantinople , à la chute d'Ismail, fit trembler Sélim III au fond du sérail ; il fallait une victime au peuple pour emporter la responsabilité du désastre et pour détourner la colère publique du nom du sultan.

Sélim , trop semblable à Charles V% livrant son ministre Strafford, dont il connaissait l'innocence, sacrifia le brave Hassan-Pacha, coupable seulement de l'impétuosité de SouwaroiT. Hassan, vieilli dans l'héroïsme et dans la foi, donna sa tête comi il avait donné tant de fois son sang à ses maîtr Aucun reproche ne sortit de ses lèvres ; il pria p( V1114 à

le sultan qui le tuait, résigné par sa yieillesse à la mort et par sa vertu à Tinjuslice.

L'empire perdit en lui le seul homme de mer, le seul homme de guerre et le seul homme d'État qui pouvait égaler le courage, le talent et la renommée aux périls de la monarchie. Mutilé dans tous ses membres par les balles ou par le sabre, il n'était plus, comme le Nelson des Anglais, qu*un tronçon d'homme animé du souffle du patriotisme. Ce sacrifice à la popularité qu'on n'apaise jamais, fit mal augurer d'un prince qui jetait ainsi sa force et sa gloire au peuple.

Yousouf-Pacha, l'homme désigné par ses victoires sur Joseph II, en Hongrie, fut rappelé de son exil pour gouverner une seconde fois le divan.

Mais Joseph II venait d'expirer, trompé dans toutes ses illusions de réforme, de guerre et de gloire, et commençant à douter du résultat de ses complaisances envers Catherine contre les Turcs.

Léopold II, son successeur, prince grand sur un petit théâtre, petit sur une grande scène, avait quitté Florence pour venir gouverner l'Allemagne. Il aspirait à la paix avec la Porte, afin de reporter

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x>ute son attention et toutes ses armes vers les Pays-Bas, que la révolution française entraînait ians son orbite. Il provoqua des conférences à Sistovra, sur le bord du Danube-^Bulgare, entre le rels^ffendi, le marquis de Luchesini, ministre de Prusse, le chevalier Eeiib, ambassadeur d'Angle^ terre, et ses propres plénipotentiaires. Une paix équitable et prompte fut signée le 4 avril i791, entre TAutriche et la Porte. Toutes lès conquêtes de Laudon, à Texceplion de Choczim, laissé en gagé jusqu'à la paix avec les Russes, furent restituées à la Porte.

Catherine, d'abord indignée de cette défection de ses alliés de Vienne et de Berlin, finit par céder à la lassitude de la guerre plus qu'à la modération. L'habile et gracieuse intelligence du marquis de Luchesini , le plus fin et le plus insinuant des diplomates italiens, naturalisés en Allemagne , l'amena à signer à son tour le traité de paix d'ïassy au mois de janvier 1792. Ce traité, qui ne rendaït à la Turquie que la paix , n'était au fond qu'un désarmement. Les Russes retenaient Oczakôf et ce continent disputé entre le Dniester et le Boug, où ils allaient bientôt construire Odessa, la Smyrnede la ïner Noire.

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Cependant Tempire ottoman, épuisé d'hommes, d'armes et de vaisseaux, respira quelques années sous le règne de Sélim III.

Les tragédies nationales de cette grande guerre des idées modernes qui se combattirent en France, de 1791 à 1806, sous le nom des partis et des hommes, l'Assemblée constituante, TAssemblée législative, la chute du trône, le meurtre juridique de Louis XVI, la Terreur, le Directoire, le coup d'État d'un soldat victorieux contre la République, le Consulat de Bonaparte, ses guerres, ses victoires, son omnipotence sur le continent, sa lutte avec l'Angleterre, dernier point d'appui du levier de l'indépendance de TEurope, tous ces événements passés en un petit nombre d'années sur mer et sur terre, avaient détourné les regards de la Tur^ quie de ses frontières du Nord, et les r^ards de l'Autriche et de la Russie elle-même' de Constanlinople.

Catherine II était morte arbitre encore de l'Occident et de rOrient. Son fils, Paul I**, étouffé comme Pierre II, dans son lit, par une conspiration de palais, avait laissé Tempire à Tempereur

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Alexandre, malheureux héritier dij meurtre, mais innocent du parricide. L'Autriche , la Prusse , la Russie, tantôt coalisées contre la France, tantôt, désarmées par les victoires de Bonaparte, avaient perdu par tant d'agressions contre les Ottomans le droit de les convier à des guerres en commun contre nous.

Sélim in était resté d'abord étonné, puis neutre et bienveillant envei-s la République française. L'expédition téméraire et impolitique de Bonaparte en Egypte et en Syrie, sans respect et même sans excuse envers le sultan souverain de ces deux provinces, l'avait seul décidé à la guerre. Cette guerre, courte et malheureuse, anéantit l'armée du grand vizir, en Egypte, en une seule bataille. Il n'est pas dans le plan de ce livre de la raconter ; on sait comment Bonaparte, après avoir conquis l'Egypte sur les Mamlouks, abandonna sa conquête et son armée à ses hasards, et revint en France conquérir un trône. L'armée française capitula le 2 septembre i 80i, et livra le Caire aux Anglais et aux Turcs.

Bonaparte, rentré en France et occupé du monde, détourna ses pensées de l'Egypte. Il se hâta de réconcilier la France et la Turquie par une paix signée à Paris le 7 décembre 1801. La Porte, tout en signant cette cessation de guerre entre le gouver-

nement ottoman et le gouvernement français, n'en restait pas moins liée dans une certaine limite par le traité d'alliance offensive et défensive que l'imprudente provocation du Directoire en Egypte avait forcé Sélim de conclure, en 1798, avec la Russie et avec les Anglais, libérateurs du Caire.

Sélim III, prompt à pardonner l'expédition d'Egypte à un héros dont la gloire militaire et civile éblouissait jusqu'au divan, admira la dissolution de l'empire germanique en 1805. Bonaparte, devenu Napoléon, le vengeaitde ses ennemis les plus proches et les plus invétérés. La bataille d'Austeriitc et la création de la confédération du Rhin lui semblaient des victoires personnelles. Il se prépara même vaguement, au printemps de 1806, à intervenir en faveur de la France dans les événements que la guerre, de nouveau inniiinente entre la Prusse, la Russie et Napoléon, pouvait amener en Hongrie et sur le Prutli. Ces événements pouvaient lui rendre ce que la ligue des puissances du Nord lui avait enlevé de dépouilles à Oczakof, à Bender, sur le Dniester, aux embouchures du Danube, et enfin en Crimée,

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