‹ Histoire de la TurquieChapitre 203 sur 360 · LIVRE TRENTEKÎUATB.IËME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTEKÎUATB.IËME

Le bras de la France^ si elle av^iteu la sage ppln tique de Télendre, portait assez loin pour reconati^ tuerie bloc ottoman. Mais TAngleterre etla HusisiAi qui surveillaient ces pensées de Sélim UI^ et q\û s^inquiélaient de ses armements^ Tobsédaient d<l sommations caressantes ou impérieuses pour h^ arrachor la déclaration de guerre à la France»

C^est sous Tempire de celte pression^ entre se» devoirs publics d*allié des Anglais et des Russes^ «t ses pensées secrètes d'inclination pour les Franofiiai que Sélim médita de régénérer l'empire ottoman en régénérant l'armée, nerf tour à tourdétendu ou convulsif de la nation. Semblable à Louis XVI, dont il avait pleuré la morti Sélim III» dans une pensée toute patriotique pour la Turquie, résolut dô se dévouer à une révolution nécessaire, mais ingrate, qui devait, comme toutes les révolutions, dévorer la, généreuse victime immolée au salut de sou pays.

Nous voulons parler de la réforme des janis-* saires.

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Les janissaires étaient contemporains de Vemn •pire; ils n'é^-'-^it pas ils étaient

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tachait en outre à leur institution. Bénis dans Torigine par un derviche fameux et vénéréde l'Anatolie, Hadjy-Bectasch, ils avaient ajouté à leur coiffure la manche large et pendante de sa robe pour marquer ainsi parmi eux et parmi le peuple le souvenir perpétuel de la bénédiction qu'il leur avait donnée en étendant son bras sur leur tête, et perpétuer la superstition de leur affiliation religieuse au plus saint disciple du Prophète. Aussi le fanatisme et le patriotisme sanctifiaient également leur nom.

Les janissaires se composaient d'environ cent mille musulmans, enrôlés et inscrits sous ce nom sur toute la surface de l'empire, mais principalement dans les grandes villes, telles que Bagdad, Damas, Alep, Andrinople, Smyme, Brousse et Gonslantinople. Ils étaient soldés par le trésor impértal, enréginienlés dans des cadres appelés ortaSy commandés par des officiers et des généraux qu'ils nommaient généralement eux-mêmes. Un commandant en chef, désigné par le sultan, s'appelait Taga des janissaires; c'était, après le grand vizir, le fonclionnaire le plus redoutable de l'empire; il était. ( liargé de fonctions à la fois civiles et militaires. La

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police de la capitale lui était conBée, ains^i que la garde extérieure des palais de TempereLir.

Les janissaires étaient tenusde marcher en armes, au premier rang des troupes ottomanes, chaque fois qu'ils en étaient requis et que l'étendard du Prophète était porté à la suite du grand vizir hors de la capitale. L'aspect de cette oriflamme leur inspirait un courage et un fanatisme qui centuplaient la bravoure naturelle aux Turcs. Toutes les conquêtes des Ottomans, depuis qu'ils avaient débordé de la Tartarie dans les vallées de l'Asie-Mineure, et marché de halte en halte jusqu'à Smyrne, à Brousse, à Andrinople, à Constantinople , à Alexandrie, à Bagdad, au Caire, et enfin jusqu'au Danube européen et aux portes de Vienne, étaient dues à cette milice invincible alors. Rempart vivant de l'empire dont ils reculaient tous les jours les limites, ils étaient aux yeux des musulmans quelque chose d'aussi sacré que la patrie et la religion.

Cependant les janissaires, à la fois ordre reli-

gieux et militaire, à ce titre alliés naturels du corps des oulémas , sacerdoce et magistrature réunis, ne tardèrent pas à faire sentir leur double tyrannie au reste de la population et aux sultans eux-mêmes. Il fallut compter à chaque instant avec un corps si redoutable ; il le devint davantage encore en s^affiliant dans chaque ville un grand nombre d'ouvriers, d'artisans, de petits marchands inscrits sur leurs rôles, touchant leur solde, investis de leurs privilèges, animés de leur esprit et ne faisant pas leur service. Ils s'emparèrent par ce moyen de toute la force de Topinion publique dans les grandes villes où ils régnaient \ ils participaient ainsi de la nature d'une aristocratie armée et de la nature d'une démocratie organisée. Tyranniques comme Tune, tur« bulonts comme l'autre, réprimant la sédition ou la rendant irrésistible à leur gré, interposés entre le isultan et le peuple, menaçant le peuple du sérail, ou le sérail du peuple, et s'élevant seuls sur la ruine et sur l'assujettissement des deux.

Leur solde appauvrissait le trésor public. Depuis le règne de Bajazet, ils avaient établi de plus, en loi d'État, l'usage d'une gratification immense imposée au sultan à chaque avènement d'un nouveau règne. Ils avaient ainsi intérêt à déposer souvent et à immoler quelquefois leurs maîtres; il fallait

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acheter d'eux , à forée dV, de privilèges et de faveurs, chaque année du trône. Leur protection coûtait à Tempereur les trésors accumulés dans le sérail et destinés à la défense ou à Tadministration de l'empire; leur abandon détrônait ou sacrifiait les sultans.

Corrompus et amollis par cette tyrannie sans

contrôle^ ils avaient perdu , depuis le commencement

du dernier siècle^ les seules vertus qui rachetaient

tant de vices^ la discipline, le patriotisme et lé

courage. Dans les dernières guerres contre TAu-

triche et contre la Russie, ils avaient abandonné

lâchement leurs généraux, -immolé le grand viûr^

imposé au sultan des choix forcés de généraux

inepteS) déserté de nouveau ces chefs, accusé de

trahison leur sérasker , exposé l'empire à la honte

et à la conquête ; faibles et indisciplinés devant

l'ennemi, ils n'avaient de persistance et de. force

que contre le gouvernement et le peuple. Le peuple

gémissait, les sultans tombaient, l'empire se

décomposait, le nom des Ottomans s'avilissait en

Asie, en Europe. On pouvait calculer le nonïbrt

d'années qu'il restait à vivre à cette monarchie

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asservie, appauvrie, tyrannisée, trahie et égorgée par sa milice. Les janissaires inspiraient la terreur au sérail, le mépris à la nalion.

Comment Sélim III avait-il été amené à Fidée d'extirper cette aristocratie soldatesque ?

On a vu qu'il avait été élevé par les soins d'une mère d'un caractère énergique et d'un génie naturel. Le caractère et le génie politique se développent plus qu'on ne le croit généralement dans l'ombre du sérail, chez des sultanes favorites, admises à tou tes les conlidences du gouvernement et exercées à toutes les intrigues d'une cour. De longs et grands règnes ont été fondés et gouvernés par quelquesunes de ces belles esclaves, perpétuant dans le palais l'ascendant de leurs charmes par l'ascendant de leur génie, communiquant par les eunuques avec les ministres, avec les muphtis, avec les agas des janissaires au dehors, élevant ou précipitant d'un mot la fortune de ceux qui les servent ou qui les offusquent. Elles sont souvent le ressort caché des plus grands événements. Favorites, elles asservissent; femmes, elles inspirent; mères, elles couvent et préparent le règne de leur fils.

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