‹ Histoire de la TurquieChapitre 204 sur 360 · LIVRE TRËNTËHQUATRIÊMS · texte numérisé non relu

LIVRE TRËNTËHQUATRIÊMS

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La sultane, mère de Sélim III, avait obtenu de la bonté naturelle du sultan Mustapha III, oncle de son fils, qu'on lui donnât une éducation royale. Si son (ils devait régner un jour, ce serait sa force; s'il devait végéter dans l'élemelle captivité du sérail, ce serait sa consolation. Les hommes les plus éclairés parmi les philosophes et les poëte^ de l'empiro étaient admis à l'intimité du jeune prince ; les étrangers même à titre de médecins ou de maîtres des langues et des arts de l'Europe approchaient de lui. Beau de visage, doux de caractère, ardent d'enthousiasme, Sélim, comme s'il avait eu la promesse ou le pressentiment du trône, aspirait à toutes les connaissances et à toutes les vertus qui pouvaient le rendre capable d'un grand règne. Les Turcs ont des historiens nombreux et libres dans leurs récits. Les sultans ensevelis n'ont plus besoin d'être flattés, on permet la vérité sur leur tombeau. D'ailleurs le génie ottoman est subordonné par religion à ses maîtres, mais il n'est pas servile, sa fierté naturelle lui donne la mâle liberté du jugement sur ses souverains. L'histoire continuellement lue, racontée et commentée autour de Sélim lui donnait un senti-

ment douloureux des calamités de Tempire, des tragédies de sa race, de la pression des janissaires, et un désir passionné d'être le réformateur de sa nation, et le vengeur de sa famille.

Un médecin italien du sérail, homme plus éclairé que ne le sont ordinairement ces complaisants familiers des cours de TOrient, lui avait inspiré Surtout une confiance qui allait jusqu'à la témérité. Le jeune sultan ne cessait de l'interroger sur les mœurs, sur la politique et surtout sur Tart militaire des Européens. Il était évident que cet enfant méditait de loin la régénération d'un empire, et que son cœur saignait de tous les coups dont l'indiscipline et la sédition des janissaires avaient frappé depuis soixante ans le trône, la gloire et la vie de sa famille. C'était le moment oii la renommée militaire du héros de la Prusse, le grand Frédéric, fascinait l'Europe; c'était le temps où les principes de la philosophie française, portés sur les pages de ses grands écrivains, traversaient les frontières et les mers, et où les premières commotions de la révolution commençaient à remuer l'Occident: tout présageait un nouveau siècle. Sélim et ses confidents recevaient jusqu'au fond du sérail les idées qui soufflaient d'IUilie. et de France ; ils rêvaient d'ouvrir l'Orient à ce flot de lumière, et de relever les Ottomans au niveau de

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