‹ Histoire de la TurquieChapitre 205 sur 360 · LIVRE TRENTE-QUATRIÊMS · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-QUATRIÊMS

leur antique renommée et à là proportion des im-* menses territoires qu'ils possédaient sur le globe.

Telles étaient les études, les pensées et les occu* pations du jeune Sélim , quand Tévénement qu'il semblait pressentir vint l'arracher à ses loisirs et le porter tout fervent de projets, d'audace et d'espé^ rance sur un trône à la fois absolu et asservi. Cette contradiction du prince et de l'empire explique les commencements de son règne, à la fois hardi de volonté, timide d'exécution, emporté vers la guerre par l'ardeur de relever la puissance ottomane, reporté vers la paix par les revers, par les lâchetés et par les soulèvements de ses troupes devant l'ennemi.

Le revers des Turcs en Egypte, devant l'armée française, dépopularisa de plus en plus Sélim, et encouragea Taudace des janissaires contre son gouvernement. Ils accusaient leur maître de leur propre lâcheté. Car la plus grande partie des hommes qui composaient ce corps s'étaient refusés à marcher en Syrie, préférant la turbulence oisive de la capitale aux fatigues et aux dangers d'une campagne.

Sélim, se sentant sans appui au dehors, et sans armée en dedans, subissait en gémissant le joug de

i8 HISTOIRE DE LA TUR(^1E.

TAngleterre, de TAutriche et de la Russie auxquelles la guerre d'Egypte l'avait livré. Il cherchait secrètement à renouer avec la France des rapports plus intimes ; il admirait le génie militaire, même dans le vainqueur d'Aboukir; il s'obstinait à placer son espoir dans l'homme qui avait rompu le premier le pacte, tacite et naturel entre la France et la Turquie ; il lui faisait parvenir, par une correspondance confidentielle, les témoignages de son admiration. Il sentait avec justesse qu'un grand homme en France, prêt à prendre un ascendant décisif sur l'Europe, était le seul point solide sur lequel l'empire ottoman pût s'appuyer contre les exigences et les empiétements du Nord. Il espérait de plus que la nécessité, ce rude maître des souverains et des empires , déciderait son peuple à [)rcndre exemple sur les armées françaises ; il était résolu à demander à Napoléon les leçons et les hommes propres à régénérer l'armée ottomane. Il suivait avec un intérêt mal déguisé les triomphes (le l'empereur ; il assistait de loin, avec joie, à l'écroulement de l'Allemagne, à l'envahissement de la Prusse, à l'humiliation de la Russie. Aussitôt après la bataille d'Austerlitz, il se hâta d'envoyer à Napoléon un ambassadeur pour saluer en lui le souverain de la nation franç.'\ise et le vainqueur de

Page 1