LIVRE TRENTË^}UATR1ÉHB
Bonnevaly le premier des aventuriers chrétiens élevé au titre de pacha. Ces artilleurs^ sous le nota de topdjis, étaient distincts des janissaires. Les connaissances et les exercices que nécessitent les armes spéciales donnaient à ce corps une r^larilé et une discipline qui relevaient au-dessus des soldats confus et indisciplinés de la capitale. Un escadron de cavalerie fut aussi équipé, armé et exercé, pour servir de modèle à la cavalerie désordonnée des armées turques.
Mais Torgueil des janissaires se refusa à toute tentative des instructeurs français pour les soumettre à Torganisation et à la tactique. Le sultan n'osa pas les contraindre ; il se contenta de livrer à ceshistrucleurs un bataillon d'aventuriers et de renégats, attirés par Tappàt de la solde. Ce bataillon, isolé et dédaigné par les janissaires, fut dissous après la inort de Duboyet.
Cependant un homme obstiné et énergique,
<ié?oué par patriotisme aux plans de Sélim III,
teota par la séduction et par Texemple ce que le
sultan n'osait commander par Tautorité : c'était le
oilèlve Hussein-Pacha, grand amiral de la flotte
52 HISTOIRE DE LA TUtlQUlE.
ottomane. Ce titre lui donnait le pouvoir, le droit, les moyens d'enrôler, de solder des troupes à ses ordres pour le service naval et pour le service de terre. 11 proûta habilement de cette situation, que les volontés cachées de son maître favorisaient, sans doute, pour reprendre en sous-œuvre les innovations du général Duboyet. Il rallia le bataillon modèle d'étrangers et de renégats, les prit au service de la flotte, et les exerça lui-même devant le peuple en face de son palais. Le peuple, malgré le fanatisme de son opposition aux usages des chrétiens, ne pouvait s'empêcher d'admirer et d'envier ees mouvements compactes et précis qui donnent aux évolutions de milliers d'hommes la rapidité et Tuniformité d'une seule âme. A force de largesses, Hussein parvint à entraîner un petit nombre de musulmans à s'enrôler dans ce corps d'élite.
Un événement célèbre les popularisa davantage encore. Hussein les embarqua avec lui sur la flotte qui portait des renforts à Djezzar, pacha de Saint- Jean-d'Acre, résistant seul à Bonaparte et à son armée, derrière les murailles de ce boulevard de la Syrie. Ces troupes se ouvrirent de gloire et firent
LITRE tiiKNTË-QUÀf RlÈMfe. M
rèciilef la forttiiie dé Naj>bléûii, qui, voyant FAèlè ferpiéè à ses rêves, retourna ses {)ensées vers l'Êtt^ rbpe, A leur reidur à Gonstantinople, lèsclëfensewi de Saint Jean-d' Acre furent proclamés, avec raiâdi; lesl sauveurs de Tislaniisnië. Les tevers des jaùls^ saires à Aboukir, au Mont-thalior el à Nàiattëth, contrastaient par leur honte avbë la gloire dësillzàmdjerids.
Sélim Itl et llilssein, son beaù-frère, résolureiit de profiter de cet enthousiasme pour accrdlifë lé nombre et Timportance de ce lioyau d'drthée ré^ gulière.
Les ministres trémblèrëtit des suites de ëëtte audace. Ils pressentaient la jalousie dès janissàii'ès et les ombrages religieux des oulémas, iiltei*prfetes du Coran et toujours disposés, comme le bas peuple, à voir une impiété dans une innovation. Uiie ciN constance heureuse neutralisa leur malveillance.
Le muphti Vely-Zadé, chef des oulémas et oracle de la religion, était fils d'un grand de l'empire, allié par les femmes à la famille impériale. Ce seigneur avait fait présent au père du sultan d'une esclave circassienne d'une admirable beauté, qui entra dans le harem et fut la mère de Sélim. I
oi HISTOIRE DE LA TURQUIE,
parenté , l'amour du père de Sélim pour cette esclave , la reconuaissance de la sultane favorite pour celui à qui elle devait son élévation avaient établi entre Sélim et Vely-Zadé, tous deux enfants, des rapports et une intimité qui s'étaient perpétués au delà de leur enfance.
Vely-Zadé, dévoué à son maître et à son ami, entra dans ses vues. Un triumvirat formé de Sélim, du muphti et de Hussein, poursuivit dans l'ombre le plan de réformer les janissaires et de sauver l'empire de la dépendance des Russes et des Autrichiens. Ces conspirateurs du salut public firent couler l'or du trésor privé du sultan dans les mains des oulémas ombrageux pour obtenir ai^ moins leur neutralité et leur silence. L'aga des janissaires et les meneurs les plus influents de cette milice étaient absents deConstantinople, humiliés de leur défaite devant Alexandrie, en butte aux indignations et aux mépris des vrais musulmans. Les officiers inférieurs du corps, le commandant des seghbans, afOiiation de ce corps, et le chef de la police de Constantinoplc, furent détachés habilement de la ligue des janissaires par les promesses et les libéralités de Hussein. Vely-Zadé le secondait en portant des sentences d'excommunication et de mort contre les rebelles aux volontés du sultan.