LIVRE TRENTE-QUATRIÈME
l'anntique an sultan; il avait le vice et la vertu des esclaves portés au sommet de la l'ortuue par leur maître, ils Yoieiilea lui leuf di^a. Cette intrépidifé fataliste et celte fidélité sauTage étaient accoii»? p9gnées en ce jeune Albanai3 de cptte diplpiii«ti)| instinctive ^u caractère, e|l de cette puissance 4!^ dissimuler sa passion ou sa vengeance, que poMJ^ dent les hommes dans ces cours où l'existence est un jeu perpétuel à vie et ^ mort contre la force et la fortune.
Il possédait de plus ces qualités extérieures qui désignent presque toujours un hpmipe à la faveur du maître ou à la faveur de la multitude dans une civilisation où tout homme sort de lui-même et s'élève sur son propre ascendant : la taille, I4 sour plesse, la majesté du buste, la force des hras, l'adresse à manier le cheval et le sabre, Pcnil bleu et profpnd de ces racjss alpestres des bords de l'Adriatique, le front massif, le nez aquilin, la bouche bien ouverte par la franchise, souriait k ses amis et dérobant sa finesse sous les lèvres minces et mobiles de l'Albanais, véritable typâ des héros d'Homère, conservé pur dans les montagnes où il les a pris, Tàme d'un Ulysse saavuge dans Iç corps d'un Achille dû Rhodope« La guerre et Vâipour étaient ses peulei passions. L^amhi^
lion n'était que le rôve de ses loisirs entre les exploits et les voluptés. Personne ne perce le mystère du harem d'un pacha, mais les confidences d'un de ses eunuques après sa mort et la tragédie de ses trois derniers jours révélèrent un attachement passionné entre une jeune Albanaise, objet de sa prédilection, et lui.
Il n'avait reçu, du reste, d'autre éducation que celle du paysan et du soldat albanais. Son intelligence, plutôt sourde qu'éclatante, couvait en lui sous une rustique simplicité d'idées. N'avoir qu'une pensée est souvent toute la force d'un homme. Mustapha n'en avait qu'une : aimer son maître, le servir ou le venger. Indiflerent au fond sur la question qui divisait l'empire et sur le meilleur mode d'organiser les armées, une seule chose lui importait : c'est que le sultan fut obéi et que les janissaires fussent humiliés et anéantis sous les pieds de son maître. Le sultan connaissait le dévouement de Mustapha- Baraiktar. Il comptait sur lui au jour de la lutte. C'était pour réunir les deux pachas et les deux armées qui lui étaient fidèles qu'il avait envoyé Cadi- Pacha et ses troupes asiatiques à travers Gonstantinople , vers Rutschuk. Ces deux hommes , Pun venu du cœur de l'Asie, l'autre de l'extrémité de l'Europe, s'entendaient dans une même passion