LIVRE TRENTE-QUATRIÈME
pour le salut de l'empire et pour la sainte vengeance de l'autorité du sultan.
Pendant que Cadi-pacha, reculant d'Andrinople, cherchait à joindre Mustapha-Baraiktar à Rustschuk, il apprit que les janissaires de Rodosto et les brigands de la montagne de la Thrace, réunis derrière lui en masse formidable, lui fermaient le retour sur Constantinople. Il craignit que ces insurgés ne profitassent de son éloiguement pour aller ré volulionner la capitale. D'un autre côté, une troisième insurrection venait d'éclater entre Rustschuk et Burgas. Un corps d'insurgés, retranché dans un long et inexpugnable défilé, lui barrait le passage. Avec cette indécision qui précède le vertige dans les moments de révolutions, où la victoire tient à une heure, Cadi-Pacha revint une seconde fois sur ses pas et se dirigea nuit et jour sur Sélivria ou Sélymbrie, seule ville forte qui restât accessible. II s'y trouva encore devancé par huit mille rebelles, maîtres de Tchorli, ville intermédiaire entre Burgas et Sélivria. Il tenta d'enlever cette ville par des assauts renouvelés pendant trois jours. Il perdit
ainsi deyant ces murs un temps précieux et le
moral de ses troupes.
Parvenu par une autre route à Sélivria, il fit camper son armée hors de la ville pour attendre des renforts promis de Constantinople. Quinze jours furent consommés en vain dans cette attente. Un assassin^ fanatisé par la rébellion, pénétra une nuit dans sa tente, et lutta dans les ténèbres contre lui. L'intrépide Cadi-Pacha échappa au poignard et renversa son assassin dans son sang. Ses troupes, fatiguées de leur inaction, rebutées de leurs revers, corrompues par la contagion d'une grande ville, à peine contenues dans le devoir par la flotte, dont les canons menaçaient ses remparts, s^usaient et se décimaient dans le repos. Cadi-Pacha était un fidèle et courageux esclave de son souverain, mais il manqua dans cette campagne des deux génies des révolutions : la promptitude et la décision. L^orage, en s'écartant de lui, se portait sur le sérail.