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LIVRE TRENTE-CINQUIÈME

Cependant tout fermentait à Constantinople. La nouvelle seule d'une victoire de Cadi-Pacha aurait pu intimider la capitale. Ses revers et ses tentatives encourageaient la sédition. Tous les symptômes précurseurs des révolutions de TOrient éclataient dans la ville : les incendies, les réunions dans les cafés, les murmures des fanatiques dans les mosquées, les imprécations contre les ministres, les accusations d'impiété contre le sultan, les plaintes^ les exigences et les colloques des janissaires. Vely- Zadé, frappé de ces symptômes, et qui tenait co

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muphti, dans un moi de sa main, la légalité ou la condamnation de la révolte, offrit, dans Tintérôt de Soliin m, sa médiation entre le sérail et les ortas ; il décida le sultan à sacrifier ses ministres à la colère publique contre les innovations qu'ils avaient consenties par complaisance pour sa volonté. Il lui conseilla de les exiler loin de sa capitale au moins momentanément. Sachant qu'il s'était rendu suspect et odieux lui-môme par sa fureur avouée pour les nouveautés, et craignant que son impopularité ne rejaillît sur son maître et sur son ami, il se fit exiler à Brousse. L'aga des janissaires fut nommé grand vizir. Ce fut le gage de paix.

Ces concessions faites à temps rendirent le calme à la Roumélie et sa physionomie à Gonstantinople. Les peuples semhlent toujours aplanir la retraite aux souverains qui leur cèdent, comme pour les encourager à leur céder plus. Cadi-Pacha, délivré des insurrections dont il s'était laissé cerner dans son camp à Sélivria , revint librement fin Asie à travers la capitale. Les deux régiments de troupes régulières, dont les garnisons étaient Scutari et Gonstantinople, rentrèrent sans insulte dans leiirs casernes. Tout parut se calmer ou dormir.

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C'est dans ces circonstances que Napoléon en^ voya le jeune général Sébastiani, son compatriote, à Conslantinople. L*objetde sa mission élait (l'entraîner Sclim III dans une alliance franche et énergique avec là France, de Taidcr à transformer ses armées irrégulières et indisciplinéêlà en ktinéêé modelées sur lé système militaire de l'Eùrotié^ de reconstruire et d'ariïier line flotte capable de férttielf' le Danube aux Anglais, le Bosphore ^uï Rttssës ; enfin, de le délivrer de la pression t[u'exerçài6îi( sur un empire en décadence les cabinets de Loîi-' dres et de Pétersbourg, afin que cet enlpirë régê-^ néré pût lancer de nouveau en Moldavie et en Bessarabie des armées auxiliaires de Tarméô française sur le revers de la puissatice russe.

L'ambassadeur était admirablement choisi potlf Ime telle négociation. Sébastiani, favoti de Napoléon, jeune, beau, ambitieux et brave, soldat âulartt que négociateur, joignant l'esprit d'avënturë dti Corse à la grâce du Français et à la finesse italiefiilé du diplomate, était aussi ptopre à pénétrer qtl'â séduire Sélim ; au besdn 11 pouvait mettre A\ti^<^t Ses plans militaires. Ufle Wgâtiotl d^élite, composée

(riioinmes rompus aux affaires, et un certain nombre d'officiers distingués du génie, empruntés à Tarmée française de Zara, avaient suivi ou précédé Sébastiani à Constantinople.

La présentation de l'ambassadeur français à Sélim m inquiéta, par sa pompe et son éclat, les Anglais et les Russes, jaloux des symptômes de crédit de l'ambassadeur de Napoléon sur le sultan dont ils surveillaient avec inquiétude la neutralité forcée. Le récit de cette première entrevue entre Sélim et le général français, par M. le baron Prévost, historien oculaire et acteur confidentiel dans la négociation qu'il raconte, fait revivre avec de trop vives couleurs les souvenirs de cette importante négociation pour lui substituer des documents moins directs.

« Le 14 octobre 1807, disent ces notes à la fois si historiques et si personnelles, l'ambassadeur qui n'habite jamais Constantinople, mais le faubourg de Péra, séparé par la Corne-d'Or de la ville turque, partit du palais de France à cinq heures du matin, c'est-à-dire bien avant le jour, dans cette saison de l'année. Il était accompagné des membres de sa

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