LIVRE TRENTE-CINQUIÈME
légation^ des principaux négociants ffAnçais, ita* liens et hollandais, marchant sur deux de front, et portant des torches pour suppléer au jour. Arrivé à Tophana, il s'embarqua dans le calque à sept paireft de rames du tchaousch-baschi (le maître des céré* monies), avec le conseiller d'ambassade^ le premier secrétaire et le premier drogman , sa suite monta dans de nombreux bateaux ornés et envoyés par ordre de la Porte. On traversa le port, qui contient une quantité innombrable d'embarcations, depuis le vaisseau de guerre jusqu'aux barques les plus frêles, pour débarquer à Bagtché-Gapoussi (la Portedes-Jardins). L'ambassadeur se reposa quelques moments au kiosk du tchaousch-baschi, qui lui en fit les honneurs, et l'on servit, selon l'usage, le café, la pipe et les sorbets ; puis le cortège reprit sa marche dans l'ordre suivant :
« Les janissaires de l'orta de l'ambassadeur (régiment d'où l'on tire la garde d'honneur qui lui est donnée), marchant sur deux files; douze chevaux de main menés par douze tchocadars à pied (valets de la cour); vingt-quatre valets de pied, portant la livrée de l'ambassadeur ; le collège des jeunes de langue et leurs professeurs ; les huit drogmans de France ; les consuls dans le Levant qui se trouvaiont à Constantinople; le chancelier de l'ambas-
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sade^ officier chargé des fonctions de Y&iàl civil ; les secrétaires, les attachés à cette mission; le tchaousch-^baschi , faisant les fonctions de grand maréchal de la cour; le mihmandar, ofûoier du sultan envoyé à la frontière au-nlevantde Tambas^ sadeur, pour lui faire les honneurs et diriger son voyage jusqu'à sa présentation; le colonel de Porta de service au palais de France; le premier secrétaire d'ambassade, portant à mains élevées les lettres de créance de Tambassadeur, renfermées dans un petit sac de drap d'or; l'ambassadeur, le conseiller d'ambassade à sa droite, le premier drogman à sa gauche ; les aides de camp du général Sébastiani ; le chargé d'affaires de Hollande; les chanceliers des légations napolitaine, toscane et italienne; et, en général, les négociants et personnes principales de la nation française ; l'aumônier de l'ambassade ; le9 supérieurs des églises catholiques de Péra et de Galata; enfin, les voyageurs français et autres per^ sonnes distinguées des nations amies de la France, Parmi les premiers se trouvaient M. le sénateur comte de Pontécoulanc et sa suite, ainsi que le marquis d'Alménara, ministre d'Espagne, et saléga-r tion, non encore présentés au grand-seigneur. En tout, trois ou quatre cents personnes, toutes à cheval •
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i Bientôt U corlégp fit balle à la porto du G^rail^ pour laisser passer le premier dignilairc dû Tem^ pire, dont le pouvoir, h responsabilité, et, disons^le aussi, la fragilité étaient immenses, le grand vizir, enfln. Ce personnage recevait rbom mage du peuple comme son maître ; l'autorité civile el militaire lui était soumise, et, en Tabsence du souverain, c'était le sultan lui-même.
« Le kiaya-beg (ministre de rintérieur), le reii* effendi (ministre des affaires étrangères), le deflep* dar (grand trésorier), qui relèvent uniquement* du grand vizir, et une foule d'employés de la cour ao compagnent ce personnage. D'après une constaiita étiquette, ce haut dignitaire fait attendre les agents étrangers, quelle que soit l'élévation de leur rang. Cette fois, par déférence pour l'empereur des Fraii^ çais, il avait été convenu à l'avance qu'il s'abstiendrait de ce blessant privilège. Mais l'ambassadeur, en garde contre les subterfuges de l'orgueil musulman, tira sa montre aussitôt son arrivée, et fit dire qu'il attendrait trois minutes, puis se retirerait. A l'instant même le grand vizir parut et se rendit chez le grand seigneur, où l'accompagna l'ambassadeur et son cortège jusqu'à la seconde cour du sérail; là, tout le monde mil pied à terre.
« Dans cette cour immense et irrégulière, enea-
drée d'édifices gracieux, de dômes ou de coupoles dorées, d'arbres superbes, semés ça et là, était rangé un corps nombreux de janissaires en grande tenue ; on a^ait choisi le moment de leur paye pour donner une haute idée de la puissance du sultan ; c'est lui qui les traite, et ils reçoivent ce jo.ur-là une distribution extraordinaire de vivres. A cet effet, dans une longue et belle allée de hauts cyprès, étaient placés sur des nattes de grands plats de pilau (riz cuit à l'eau), de mouton grillé, de pain, de fruits et de sorbets. A un signal donné, les janissaires s'accroupirent tous à terre pour prendre leur repas.
a Peu après, l'ambassadeur se rendit au Dôme (coubbé), et y fut reçu par le grand vizir. Le coubbé est une vaste salle décorée avec noblesse, recevant le jour d'en haut par des fenêtres d'architecture mauresque. Ici commence une fiction de mœurs toutes locales, inventée par l'hospitalité orientale, oX qui devient piquante par le contraste qu'elle forme avec les mœurs d'Europe. Ce n'est pas la visite ordinaire d'un ambassadeur à un premier ministre telle qu'elle se pratique dans les autres rours. L'envoyé est censé arrivera l'instant même et surprendi'c Sa Haatesse dans la personne de son vizir, o< Tupé des plus chers intérêts de ses peuplent.