‹ Histoire de la TurquieChapitre 215 sur 360 · LIVRE TRE!ITË^lNQUiÊHE · texte numérisé non relu

LIVRE TRE!ITË^lNQUiÊHE

écoutant leurs différends et rendant la justice. C'est en remplissant ces augustes fonctions et re^ vêtu du caractère déjuge suprême que le souverain établit ses premières relations avec l'étranger. On va tenir un conseil de justice en forme, et nous allons assister à une scène tout entière.

« Près du grand vizir soQt assis les deux cadia»* kers (grands juges) d'Anatolie et de Roumélie, représentant la magistrature des provinces d'Asie et d'Europe ; les trois defterdars (trésoriers de l'em* pire) sont placés à la gauche du grand mir ; à sa droite est le nischandji, celui qm appose le chififre (thongra), monc^ramme du grand-seigneur /fonction importante parce qu'elle confère le droit de représentation. Ce fut près de ce haut fonctionnaire que prit place l'ambassadeur en même temps que le graiid vizir.

c Une foule d'oulémas (gens de loi) se présente et une cause s'instruit à l'instant. Le vizir préside aux débats, prononce le jugement et le complète en faisant apposer par le nischandji le chiffre du sultan. Pendant l'audience, le reis-effendi apporte au vizir la lettre annonçant l'arrivée de l'ambassadeur. Pour constater son authenticité, le vizir y appose le sceau de l'empire et la rend au relseffendi, qui la porte à Sa Hantesse. KentAt ce mi^

nistre rapporte la réponse du sullan au grand visir; celui-ci va la recevoir à la porte extérieure du Dôme, et avant d'en prendre connaissance, il baise respectueusement la signature de son maître. Cette lettre lui ordonne de recevoir Tambassadeur avec une distinction marquée , mais la charité ou peut-être la vanité musulmane suppose l'étranger ayant faim, ayant soif, et dénué de vêtements. C'est à ces besoins qu'on va successivement pour* voir.

c( Quatre tables sont dressées dans la salle d'audience, et vingt-cinq ou trente mets, portés par autant de tchocadars, sont servis plat à plat; ils passent avec une rapidité surprenante, et qui permet à peine d'y toucher. Chaque convive, assis sur des coussins placés à teiTe, s'approche d'une table ronde de métal d'un pied de hauteur; une même serviette longue et étroite, placée sur les genoux, suffit aux convives de chaque table. Tous prennent au plat commun avec les doigts, personne n'ayant de fourchettes, de cuillers, ni d'assiettes. Pour toute boisson on servit des sorbets glacés fort aromatises d'ambre.

« A la première table, dressée au haut bout de la salle et coniplélement à l'écart des autres , se trouvaient le arand vizir et l'ambassadeur seuk.

De})Out, près d'eux, ^ t^n^it 1^ drogmaD de U Porte, qui interprétait.

a une seconde t^blQ^ pl^pép ^ une grande distance de la preinière, étaient assis les deu{ ca4iaskers.

« Aux deuï autres tablf^, bw^oup plus grauide$, se placèrent le pial^^ndji et les ^utreii pir^w? nés de Vamibassadâf

« Après le repas, qui diir^ ^ p^ioe mid difmir heure, on apporta des bassins, de 1-eau et dds essences pour se laver, selpn l'usage, h barbe et les mains; puis, en sortant de table» Tambassaf* deur passa dans la cour qui précèdo U Dame et j fut revêtu d'une superbe pelisse de martre sibeline recouverte de drap d'or. Dix autres pelisses foreat également distribuées, suivant leur importance^ aux personnes les plus considérables dp Pambas^ sade, et dix encore aux officiers de second rang. Enfin des kerekets, robes d'étoffe de laine, furent donnés aux jeunes de langue, aux religieux, mia^ sionnaires et aux principaux négociants. Ces distrir butions complétèrent les devoirs de l'hospitalili envers les étrangers.

a L'ambassadeur et dix-huit personnes de sa suite, revêtues de leurs pelisses, furent désignés pour être introduits chez Sa Hautesse. On traversa

la salle qui précède celle du trône^ au milieu d'une haie fort serrée d'eunuques blancs vêtus de longues robes de drap d'or. L'ambassadeur garda son épée^ quoiqu'il soit d'usage de ne jamais paraître armé devant le sultan. Ce point d'étiquette, autrefois refusé, ne fit aucune difficulté. Quant aux autres personnes, elles conservèrent leurs armes, mais elles eurent les bras constamment tenus, pendant la présentation, par deux capidji-baschis, Tun à droite , l'autre à gauche. Ces fonctionnaires sont particulièrement chargés des commissions secrètes ou de confiance, telles que les dépositions de pachas ou autres, qui peuvent entraîner la mort. Les personnes de l'ambassade entrèrent ainsi dans la salle du trône, la tête couverte de leurs chapeaux. Ce n'est dans le Levant ni une incivilité ni un privilège. Le costume n'étant complet qu'avec le turban, il y aurait indécence à n'en pas avoir, comme chez nous à être sans habit. Par analogie donc, les musulmans admettent, pour les Européens, l'usage du chapeau comme correspondant au turban.

a La salle du trône est peu étendue et peu éclairée ; c'est un carré long dont l'entrée est pratiquée à l'extréniilé droite d'un des côtés, dans sa plus grande largeur, on sorte que la plus grande étendue

Page 1