LIVRE TRENTE-CINQUlgMfi. r
le la pièce est à gauche en entraDt. Là se trouf'aient rangés les grands dignitaires de l'empire et es hautes charges de la cour. Le sultan faisait face i rassemblée ; mais se présentait de profil à l'ambassadeur et à sa suite. Il était assis à l'européenne^ mr un sopha fort bas, élevé d'une marche. Ce meuble était de drap d'or à ramages d'argébt, surmonté l'un dais garni d'espèces de glands d'or et de fran- ^ de perles ; quatre colonnettes^ hautes et élancée»^ le supportent, et sont ornées d'arabesques relevées le pierres précieuses de couleurs variées. Sur le coussin était posé le sabre du sultan , et, debout, levant lui, se tenait le grand vizir.
a  la moitié de la pièce, le cortège s'inclina d'une manière marquée pour saluer. Quelques pas plus loin le même témoignage de respect se renouvela, puis succéda un grand silence. Alors l'ambassadeur s'avança seul près du trône, et, après s'être incliné de nouveau et avec respect, il prononça le discours suivant :
«Sire,
«t Je ne puis mieux être l'interprète des senti- I ments de Sa Majesté Napoléon le Grand, envers « l'auguste personne de Votre Majesté, qu'en rapc pelant ici les paroles qu'il a adressées à l'ambas- « sadeur Mouhib-Effendi : « Je suis l'ami des amis
78 HISTOIRE DE tA TÙRÛtl*.
« du sultan Sélim III, et je serai Tennemi de ses a ennemis. » Appelé à Tlionorable fonction de le € représenter auprès d'un prince qu'il chérit, et «qui, par ses hautes vertus, mérite l'estime et « Tadmiralion des nations étrangères et la béné- « diction de ses peuples, J'emploierai toutes les «t facultés de'moii âme à consolider et à augtnentef < l'antique amitié qui unit l'empife français et « l'empire ottoman.
a Je supplie Votre Majesté d'agréel" l'hominage et de mon respect. »
Ce discours fut traduit immédiatement en langue turque par le drogman de la Porte, qui, suivant l'étiquette, le prononça au grand seigneur d'une voix faible et tremblante, pour montrer, jusque dans les moindres circonstances, le respect dont il était pénétré. Le sultan ordonna au grand vizir de transmettre sa réponse à l'ambassadeur; elle portait : « Qu'il était sensiblement touché des sentiments de Napoléon le Grand et désirait vivement resserrer des liens d'amitié si favorables à la prospérité des deux empires. » Ces paroles furent traduites en français, et adressées par le drogman de la Porte à l'ambassadeur. Des qu'il eut fini, celui-ci prit congé du grand-seigneur, qui lui témoigna en souriant, et en inclinant gracieusement et plusieurs
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lis la tête, la satisfaction quMl éprouvait de le >iltiailre.
« Les capidji-baschis reconduisirent au dehors de i salle du trône les personnes qu'ils jr ayaient ilroduites, et ne ({uiltèrent leurs brds c[ué lorsu'elles en furent sorties et hors de la vue du 3Uveraiîi. Parmi elles se tfoityait lliadanle Sébâstani, vêtue en homme, et dans le pliii Ètritt icognito; c'était le seul moyen d'asdâter à la pré^ entation de son époux, cérémonie dont les fetnmes ont exclues. La salle du trône, ornée dadft le goût Qaiircsqtte, est,aTons-nous dit, peu yaste quoique rès-élevée ; elle reçoit le jour de la pièce qui pré^ Me et d'une seule fenêtre pratiquée à Tangle où îst assis le sultan, en sorte qu'elle éclaire le côté ie son visage qu'on ne peut apercevoir, et place le oftlé tourné vers les spectateurs étrangers dans une complète obscurité; cette disposition, toute calcu* lée, n'est nullement la faute de l'architecte. Lors- ]tie le sultan consent à se laisser voir des infidèles, il interpose à dessein, entre eux et lui, le voile de la nuit pour atténuer la faculté de le juger comme botnme. Ce peu de clarté donne à cette cérémonie Ul caractère solennel et mystérieux tout ensemble, (ni agit sur l'imagination, et n^est pas exempt de irtndettr.
« En revenant dans la seconde cour du sérciil, Babis-Séadet, ou Porte de la Félicité (les étrangers ne franchissent jamais au delà), on repasse devant le Dôme où le grand vizir rend la justice. Nous avons vu l'immense autorité de ce premier dignitaire de rÉtat; dépositaire de la puissance souveraine. Tempire tremble sous lui; mais qu'il abuse à son tribunal de cette confiance^ il va payer de sa tète un jugement inique; son maître l'écoute. Au-dessus de son siège, une fenêtre, symbole d'une lumière supérieure à la sienne, est masquée par un grillage d'or, et permet au sultan d'assister aux audiences sans qu'on puisse soupçonner sa présence.
« Dans cette même cour du Dôme, en avant du palais, s'élève un portique dont la splendeur frappe les regards. Ce sont six immenses colonnes demar* bre blanc qui supportent une toiture saillante de plusieurs pieds; les bases, les chapiteaux, les frises, leurs supports, sont sculptés, dorés, peints de couleurs brillantes ; c'est le somptueux péristyle d'un édifice décoré d'arceaux mauresques àbases étroites, dont les courbes de marbre s'élargissent, puis se rejoignent en s'élevant; leurs arêtes découpées en dentelle sont sculptées. Au dehors, et près de là» on nous lit remarquer un grand bloc de marbre creusé en forme de mortier; voici ce qu'on noa*^