‹ Histoire de la TurquieChapitre 217 sur 360 · LIVRE TRBNT&CINQUIÉMB. il · texte numérisé non relu

LIVRE TRBNT&CINQUIÉMB. il

apprit à ce sujet : La loi interdit de décapiter ou d'étrangler le muphti , premier ministre de la religion ; cette inviolabilité ayant entraîné cet interprète de la loi et le corps des oulémas dont il dispose dans une insubordination manifeste , on imagina de piler les coupables , prétendant par là respecter la loi établie. La barbarie de celte coutume, et surtout le crédit de quelques muphlis, la fit tomber en désuétude ; les mortiers furent enfouis en terre. Dans la suite, le muphti ayant repris un ascendant inquiétant pour raulorilé , Tun des derniers sultans fit sortir de terre un mortier, tout aussitôt Topposition cessa.

« Nous repassâmes par Babis-Séadet, puis ensuite par cette porte fameuse, Bab-IJumaioun (la Sublime4^orte), qui, dans la langue diplomatique, donne son nom au gouvernement ottoman ; c'est là qu^on a coutume d'exposer, dans des niches, les têtes des rebelles. Il n'y en avait aucune en ce mo^ ment, ce qui attestait la faiblesse du gouvernement^ car l'empire était alors en proie à des dissensions multipliées. En quittant cette cour immense, nous sortîmes de l'enceinte du sérail, dont les murailles, d'une extrême hauteur, surmontées de créneaux, formaient à peu près les limites de l'antique Byzance. »

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HISTOIRK m LA TUKUllK.

La Russie était représentée alors à Constantinopie par un de ces diplomates innés que la Russie, à Texemple de Tempire ottoman, emprunte à la race grecque, race d'élite parmi les familles humaines de rOrient, que la vive pénétration de son esprit, la grâce souple de son caractère et l'insinuatien souvent infidèle de son langage, rend partout maîtresse des affaires diplomatiques. M. d'Italinski avait les qualités sans les vices de cette famille hellénique ; né à Kief et sujet russe, il servait dans la même cause son pays adop!.if et le pays de ses ancêtres. C'est ce même vieillard vénérable et cosmopolite que nous avons connu à Rome quelques années plus tard, représentant la Russie schismUr tique dans la capitale du catholicisme, et consacrant ses studieuses années de vieillesse à recueillir, comme un patriarche pieux, les vestiges des monuments de l'art athénien.

Un ministre loyal , mais dégoûté des intrigues grecques qui enveloppent le divan, M. Ârbutbnot, représentait l'Angleterre. Renfermé dans la douleur que lui causait la perte récente d'une épouse belle et adorée, il laissait flotter négligemment la dipli>-

LIVKE TRENTE-CliNUUlÈME. H'è

niatie de sa cour à Constantinople. Le méconteatement de raccucil fait à Tambassadeur de Napoléon le décida à s^embarquer sur une frégate anglaise et à se rendre à Ténédos, sur la flotte de Tamiral Dukworth y qui croisait à Tembouchure des Darda* nelles.

Le sultan, ouvertement incliné à la France depuis ses entrevues avec Sébastiani, ayant appris que le prince grec Ypsilanti, interprète de la Porte, entretenait une correspondance avec son fils, bospodar de Valacbie, partisan des Russes, sur une plainte de l'ambassadeur de France, fit trancher la tête au père et déposa le fils. Le vieux Ypsilanti, torturé avant le dernier supplice pour arracber de lui Taveu de ses ricbesses, expira sans les avoir révélées. Sa délicieuse maison de campagne de Thé* rapia, sur le Bospbore, confisquée par la Porte, devint le palais d'été des ambassadeurs de France, héritière involontaire du sang d'un serviteur infi-^ dèle du divan.

Sébastiani protégea lui-même M. Ypsilanti contre la vengeance du sultan, qui voulait l'enfermer aux Sept-Tours.

Telles étaient les dispositions deSélim III, quand, le 20 février 1807, quatorze voiles anglaises, commandées par l'amiral Dukworth, franchirent impunément les Dardanelles, comme l'avait fait Tamiral Elphinston quelques années auparavant, et voguèrent vers Constantinople, rapportant l'ambassadeur Arbuthnot et les exigences de l'Angleterre à la bouche de ses canons.

Les Dardanelles pour la première fois forcées, l'ennemi au cœur de l'empire, les mortiers et les canons d'une flotte anglaise prêts à vomir les bombes et les boulets sur le palais du sultan, jetèrent le sérail dans une terreur et dans un abattement qui enlevèrent toute énergie et toute dignité au divan, assailli par les cris des eunuques, des enfents et des femmes.

Sélim envoya un de ses favoris, Ismaël-Beg, au général Sébastiani, pour lui dire que le sultan cédait à la nécessité, et pour lui demander de s'éloigner. Ismaël-Beg semblait ajouter, par son visage et par

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