LIVRE TRENTE-CINQUIÈME. M
son langage, sa froideur et sa menace personnellet^ au message douloureux du sullan. Sébastian! té* pondit en homme sûr de lui-même et de la têlb« geance qu'un grand peuple tirerait d'un outrage ft son caractère :
« Je suis ici sous la garantie du droit des geflS,* répondit-il à Ismaël; « la présence d'une flotto « ennemie de mon pays ne change rien à ma mid^ « sion, n'enlève rien à mon caractère d'amba$sa«> « deur de mon gouvernement. Je suis che2 le sultan ; « son honneur répond de moi ; je ne quitterai mon « palais que sur un ordre de lui, et cet ordre sera « la déclaration de guerre à la France, b
Ismaël, étonné, reporta à son maître cette réponse qui plaçait Sélim entre un acte d'héroïsme ou un acte de lâcheté. Sélim était brave de cœur autant qu'il venait de se montrer embarrassé et irrésolu d*esprit. Use réjouit peut-être, en écoutant la réponse de son confident Ismaël, d'être contraint, par l'énergie de Sébastiani, à montrer enfin la sienne.
D'ailleurs le peuple et les troupes n'hésitaient pas; les terreurs du sérail, les timidités des ministres, les irrésolutions du sultan, n'atteignaieàt pas le fond de la nation. Le péril suprême trouvait les Ottomans dignes de leur antique renommée. Le Cfi de guerre sortait de toutes les bouches. Les artil-
leurs et les janissaires couraient d^eux-mèmes aux portes et aux armes. Les vieillards et les enfants offraient leurs bras pour les travaux de terrassement et de défense ; les femmes excitaient les hommes de toute profession et de tout âge à venger Tinsulte faite par les Anglais à leur capitale, ou à mourir pour leur patrie et pour leur religion. Le courage rentra du dehors dans les murs du sérail. Les ministres, rassemblés de nouveau en présence de Sélim, décidèrent la guerre plutôt que rabaissement de Tempire devant des vaisseaux anglais. Sélim III les loua de leur résolution, fit sortir ses femmes du harem et les fil conduire au vieux sérail, placé au centre de Stamboul, plus à Tabri du feu. Il s'arma, monta à cheval, ouvrit ses jardins pour que ses artilleurs, dirigés par Sébastiani et ses officiers français, y établissent des batteries. Mêlé à son peuple, animé de la même indigpation, rougissant d'un moment de faiblesse que sa capitale n'avait pas même connu, il se montra sultan, général, soldat tout à la fois. Il reconquit par Tenthousiasme d'un sentiment commun le respect des janissaires, l'amour de la nation. Il reçut en audience publique le général Sébastiani, qui vint lui .ofifrir son bras et celui de quelques centaines de Français nniiés pour défendre en volontaires sa personne, sa