‹ Histoire de la TurquieChapitre 22 sur 360 · LIVRE VINGT-NEUVlÉME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUVlÉME

ne veux le dire qu^à lui-même, quelque effort

qu'il m'en coûte pour regarder sans horreur un

prince assez faible pour se laisser fasciner les

yeux par des fourbes, et assez lâche pour donner

la mort à ceux qui Pont toujours fidèlement servi.

La justice divine apportera le remède au mal ; le

sultan apprendra, quand je ne serai plus, si c'est

un crime de manquer à ses devoirs de prince et

de musulman, et si c'est une erreur longtemps

impunie que de croire de perfides conseils qui lui

seront aussi funestes à lui-même qu'à l'empire. »

Ces paroles, qui suspendirent une seconde fois

exécution , ne firent pas révoquer l'arrêt de mort.

«e grand vizir expia de sa tête les injustes soupçons

[ispirés à son maître par l'envieux muphti. L'o-

linion publique, jusque-là favorable à Mustapha II,

data en reproches contre le meurtrier du héros de

losnie et d'Arabie.

a Fuyons, ma plume 1 prenons l'essor loin de ( cette terre de crime, » chantèrent les poètes populaires dans les cafés de Constantinople etd'Andrilople : « la paix, l'honneur, la gloire de Dieu, la t sainteté du nom ottoman l'ont quittée pour jamais c avec l'âme du dernier de ses héros. »

« Le vizir Rami , » disaient les scheiks dans les nosquées, « le muphti FeizouUah et tous les minis-

a 1res sont des traîtres ; ils sont les auteurs de la a mort deDaltaban, le vainqueur des Arabes, noire « bouclier contre les Impériaux : c'est son mérite (x qui a armé contre lui leur basse jalousie. S'il (c était coupable de quelques fautes ou de quelques <c erreurs , il suffisait de le bannir, et, dans l'occa- « sion , on l'aurait retrouvé pour l'opposer à nos a ennemis. C'était pour commettre ce lâche alten- « tat, » ajoutaient les uns, <r qu'ils retenaient le sul- (( tan à Andrinople ; il y passe les journées dans les « forêts, et Conslantinoplc est réduite h la misère. » « On nous laisse, » disaient les autres, « pour nous « gouverner, un caïmakam de dix-huit ans ; tout le « mérite de ce jeune homme est de porter le nom « de Kiuperli, et d'être gendre du muphti Feîioula lah. Et cet homme lui-même, quel est-il î \é pre- « mier ennemi de l'empire. Tous les postes de « moUas sont remplis par ses enfants ou par ceux « qui sont assez riches pour les acheter; sa maison « est un gouffre où s'engloutissent les trésors de « l'empire ; c'est un marché public où la justice et (des dignités sont vendues au plus offrant. »

Celte liberté des discours , plus communicalîve que celle des écrits, que la religion et les mœurs laissent comme le contre-poids du despotisme aux monarchies théocra tiques et militaires, souleva, en

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