LIVRE TRENTE-ClMUlilÊMS
dans la capitale , uu complice au sérail. Us se réunirent en masse dans la grande vallée de Bouyouk- Déré, sur la prairie qu'ombrage l'immense platane de ce village, arbre fameux qui couvrit jadis le camp des croisés.
Là, ils jurent par serment de venger la religion et la patrie des réformateurs qui attentent aux lois et aux usages de leurs pères, de frapper les faibles ou les traîtres qui pactiseraient avec les novateurs^ et ils se choisissent pour chef un d'entre eux, homme d'une volonté sauvage, mais d'un talent supérieur à son éducation. 11 se nommait Cabatchi-Oghli. La nature l'avait doué d'une véritable éloquence, cette première arme des séditions, d'un instinct sûr et d'un courage froid, qualités nécessaires à tout chef de parti dans les temps de révolutions. Soit que le hasard eût inspiré les yamaks, soit que le caimakam leur eut fait soufller le nom de Cabatchi-Oghli, ce choix répondait à tous les besoins d'une émeute, que le perfide ministre voulait à la fois soulever et contenir. Le chef des yamaks les entraînait sans être entraîné lui-même. Il voulait faire reculer la réforme, intimider le sérail, relever la puissance abattue des janissaires, renverser le grand vizir et les ministres qui l'avaient suivi au Balkan, et donner au caïmakam et au muphti un irrésisible
empire sur Sélim III asservi. Il ne voulait pas plus. Au delà, il rencontrait la religion, les lois antiques, l'autorité sainte du sultan ; il s'arrêtait devant ces objets de sa vénération.
Tel était cet agitateur asiatique, né sous la tente, et qui allait imposer des lois au palais de ses maîtres.
Ce chef habile, sous Tinspiration du caimakani, lit jurer à ses soldats de ne commettre aucun désordre et aucun pillage. Il les tint trois jours immobiles, désarmés et silencieux, dans les châteaux confiés à leur garde, comme pour rassurer la capitale, endormir le sultan et apprivoiser l'esprit public à la sédition en la montrant si inoffensive et si calme. Le troisième jour seulement il se mit en marche par les collines qui séparent Gonstantinople de Bouyouk-Déré, à la tête de cette poignée de séditieux, qui ne dépassait pas six cents hommes. En deux heures il fut aux portes de la ville. La terreur le précédait. Les émissaires du calmakam et du niuphli Taccroissaient dans la ville pendant qu'ils rendormaîont au sérail. Ces hommes, disaient-ils au sultan, ne s'approchaient que pour den^ander