LIVRE TRENT&C1NQUI61IE
Le sultan mit les deux mains sur ses yeux : c Eh a bien! mon fils, d dit-il à son esdave, « puisque a tu consens toi*même à ta propre mort pour dé^ c( armer ce peuple sans pitié, meurs donc, et que h a bénédiction de Dieu t'accompagne dans le ciel| « qui récompense les généreux dévouements! »
Le bostandji tendit le cou à un exécuteur, qui lui trancha la tôte et qui la jeta aux janissaires par-des* sus les créneaux de la Sublime^Porte; les jani»-» saires la ramassèrent avec des cris de tigres, et la portèrent sur TEbueidan, aux pieds de Gabatchi-* Oghli.
Dix«sept têtes des chefs et des ministres du parti de la réforme étaient rangées en face de cq souvè^ rain de la révolte, et en face des marmites des ortas. Il y avait trois nuits et trois jours que le sang coulait, et que le sultan, captif dans les murs du sérail, entendait le massacre de ses amis. Pas un membre du divan n'avait survécu. Mais Sélim III régnait encore. Le vieux respect pour le sang d'Othman protégeait la vie et le sceptre de ce prince, mâme contre le fer qui venait d'immoler tous ses serviteurs. Les chefs invisibles de la sédition, le calma*
kam et le muphti, délibéraient. Fallait-il laisser sur le trône un prince dont le cœur était aux innovations détestées ? un prince offensé par tant d'outrages et dont la soumission apparente et momentanée à leur volonté ne couverait jamais qu'une tardive, mais inévitable vengeance? Les demi-forfaits, se disaient-ils, ne sont-ils pas la perte certaine des criminels ?
Us décidèrent que la déposition de Sélim était la seule absolution de leur audace. Ils se résolurent à placer sur le trône, à sa place, le jeune et léger Mustapha, fils aîné du dernier des sultans, Abdul- Hamid.
Cabatchi-Oglili , qui paraissait seul devant les troupes et devant le peuple, arriva le quatrième jour, au lever du soleil, suivi d'un imposant cortège sur la place de l'Etmeidan, et montrant du geste les tôtes livides étalées devant les ortas des janissaires ;
« Vous voilà vengés, » dit-il; « vos ennemis ont i< péri ; la cause de la religion et des lois a vaincu ; « le sultan vient de prononcer l'abolition des ni- « zams : vous n'avez plus de rivaux à redouter. « Mais, » reprit-il avec un accent plus terrible, « ce prince, notre ennemi depuis qu'il respire, « mérite-t-il notre confiance parce qu'il se déclare