LIVRE TRENTE-OINQI lÈME. H
« notre ami depuis quHl ne peut plus nous haïr «impunément? Il accorde tout en ce moment, « parce que sa tête et sa couronne sont sous Pombre a de nos -yatagans ; mais une fois que nous aurons « essuyé nos sabrer et que nous serons dispersés à « la défense de l'empire, ne reprendra-t-il pas ses «projets contre nous? Nous serions forcés de « ressaisir une seconde fois les armes, et de refaire « avec des flots de sang ce que nous avons fait! « Insensés! nous préparerions à cet empire deux « révolutions au lieu d'une !
« N'exposons pas l'empire à des secousses pa-* « reilles. Vous m'entendez et je vous entends, a Vous demandez que le sultan Sélim soit déposé « à l'instant; mais ce n'est pas à vous seuls, braves «janissaires, de décider une si importante ques-^ « tion ; c'est à l'oracle de la loi, c'est au muphti ; « consultons-le avec respect , et que son fetwa « nous dise si Sélim doit rester sur le trône ou « doit en descendre pour faire place à son succesa seur. »
Les janissaires et le peuple, avec cette gravité qui caractérise même les séditions chez les Ottomans, donnèrent leur assentiment calme et réfléchi à cette audacieuse proposition. Le dictateur chargea quelques émissaires de porter à l'instant au
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niuphii la question constitutionnelle, qu'il rédigea
en ces mots :
« Un padischah qui viole le Coran mérite-t-il de « rester sur le trône î »
L'astucieux muphti, qui avait mspiré la demande, feignit Tétonnement et la consternation au moment de donner la réponse. Il 3'apitoya hypocritement sur les malheurs de la nation et sur le sang versé.
c( Malheureux prince, » s'écria-t-il, « corrompu « par les vices de ton éducation, la faiblesse de « Vély-Zadc, mon prédécesseur, a complété ton ii aveuglement ; des conseillers prévaricateurs, que c( la justice du peuple vient de frapper, ont entraîné a ta jeunesse loin du sentier du salut; tu as ouMié « que tu étais le père des croyants. Au lieu de mettre (( ta confiance dans ce Dieu qui peut pulvériser en « un instant les plus formidables armées, tu as « voulu assimiler les Osmanlis aux giaours; Dieu, « que tu as offensé, t'abandonne. Comment règne^ a lais-tu au nom de nos lois que tu méprises? Les « soldats qui devaient te défendre n'ont plus con- « liance en toi. Ton règne ne servirait qu'à perpéa tuer nos discordes. Je te plains, car tu avais des « vertus qui auraient pu faire la gloire d'un em-- « pire. Mais je place avant tout l'intérêt de la foi « et le salut des Osmanlis. »