‹ Histoire de la TurquieChapitre 234 sur 360 · LIVRE TRENTE-CINQL'IÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-CINQL'IÈME

lemmes, des esclaves et des derniers amis dont le mltan était entouré.

Ce prince était sorti du barem au lever^ pour attendre dans les appartements publics ce que le our lui préparait. Il se tenait dans la grande salle le réception du palais, assis dans Tangle d'un ditan, immobile et silencieux comme Tattente. Ses escla* ves et ses familiers, debout devant lui, étouffaient leurs gémissements et contenaient leurs sanglots. Le muphti se présenta, s'avança à pas lents, les jreux baissés, feignant une douleur qu'il exprimait par des gémissements affectés. Le sultan le regardait de ce regard scrutateur et inquiet qui semble vouloir arracher à la physionomie le mot du destin yi/e les IHres retiennent encore. Le muphti se prosterna aux pieds du sultan :

« 0 mon maître! » dit-il, « je viens accomplir a une mission douloureuse; mais j'ai dû l'accepter « pour empêcher une multitude furieuse de violer a cette enceinte sacrée. Les janissaires et le peuple « viennent de proclamer empereur votre cousin^ le « sultan Mustapha. Toute résistance serait inutile, « elle ne servirait qu'à faire immoler vos derniers « amis. C'était écrit. Que pouvons-nous, faibles a mortels, contre la volonté de Dieuî Humilions- « nous devant lui et résignons-nous à ses décrets. »

i24 HISTOIRE DE LA TURQUIE.

Le sultan parut écouter avec impassibilité le muphti. Le sang qu'il aurait fait répandre eût été perdu. La pâleur et le frisson de la crainte étaient sur tous les visages. Il se leva, embelli, ditK)ny et ennobli encore par la majesté de son infortune. Il semblait couronné de la pureté de ses intentions et de tout le bien qu'il avait voulu à son peuple. Ses yeux se mouillèrent de larmes en promenant un regard d'adieu sur toute sa cour et sur ses serviteurs dont il allait se séparer pour jamais. Il traversa lentement la salle d'audience et alla s'enfermer dans la partie reculée du sérail, où il avait langui vingt-huit ans avant d'être appelé '%jx trône.

Au moment où il descendait l'escalier qui conduit à l'appartement des princes captifs, il rencontra sur la môme marche son cousin Mustapha qui en sortait pour monter au trône:

a Frère, » lui dit Sélim, en l'arrêtant, € Dieu « me fait descendre du trône où vous allez prendre « ma place. J'ai encouru la colère de ce peuple pour « avoir voulu élever la nation au rang qui luiappar- « tient. Je suis réprouvé pour mes bonnes inten- « tions. Je rentre sans regret dans la vie privée. « Plus heureux que moi, vous allez régner sur les « Osmanlisavecla force que leur enthousiasme vous

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« prête, et j'ai la certitude que vous répondrez à « leur amour par vos vertus. »

Mustapha, léger et ingrat, que Sélim III avait comblé de sollicitude et de tendresse pendant son règne, sembla écouter avec impatience et comme pressé de régner, les touchantes paroles de Sélim. Il reçut avec froideur Tembrassement du sultan déposé. Sélim entra dans les appartements que Mus« tapha venait de quitter ; il y trouva Mahmoud, jeune frère de Mustapha, dont il aUaîl, désormais, partager la réclusion etTinforlune.

Ce jeune prince, à peine adolescent, mais dou4 d'un cœur affectueux, de sentiments nobles et d^une heureuse intelligence, vénérait Sélim et lui payait en amour et en reconnaissance les soins véritablement paternels que Sélim avait eus de ses cousins. Il tomba aux pieds du sultan déposé avec un respect plus tendre qu'il n'en aurait montré au sultan sur le trône ; il embrassa longtemps ses genoux et bai-» gna ses mains de larmes. Ces larmes aidèrent celles de Sélîm à couler. Tant d'affection à Theure où toutes les affections se refroidissent sembla le consoler de son malheur. 11 se consacra à l'éducation de Mahmoud. Ces deux princes, recueillis dans la solitude, se pénétrèrent de cet esprit de réforme qui avait causé la chute de l'un et qui devait faire la

grandeur de l'autre. L'àme de Sélini se transmit et

se perpétua ainsi dans Mahmoud.

A la nouvelle de la déposition du sultan^ les nizams, redoutant la vengeance du peuple, et délivrés de leur serment, abandonnèrent leurs casernes. Ils dépouillèrent leurs uniformes et se dispersèrent un à un, comme des malfaiteurs, à travers toutes les provinces de l'empire. Des salves de toutes les batteries de Constantinople annoncèrent la révolution accomplie à tous les quartiers. Mustapha confirma dans leurs emplois le grand vizir et les ministres absents, qui étaient au camp deSchumla. Les janissaires reprirent leur service, rentrèrent dans leurs casernes avec leurs marmites, et recouvrèrent tous leurs privilèges. Les yamaks, instruments dédaignés d'une révolution accomplie, reçurent une misérable gratification et furent renvoyés par le calmakam dans les châteaux du Bosphore, leur ancienne résidence. Cabalchi-(%hli, ce dictateur de trois jours, qui avait gouverné la nation, jugé les ministres, déposé le sultan et couronné son nouveau maître, rentra, sans prétentions et sans

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