‹ Histoire de la TurquieChapitre 238 sur 360 · LIVRE TRENTE-GINQUIËME. i · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-GINQUIËME. i

plus loin, sur la place, à Tombre, étaient des bancs garnis de nombreux soldats.

c( J'entrai au premier étage dans un grand salon boisé, peint en blanc. A droite, s'ouvraient deux croisées dont les persiennes étaient fermées, mais l'ardeur du soleil faisait régner un jour sufQsant; entre les fenêtres, une large console contournée, en marbre blanc, portait un vase de cristal garni de fleurs. Au fond de la pièce était un bureau chargé de papiers. J'étais dans le salon de l'empereur ; il marchait avec animation ; dès qu'il me vit, il s'arrêta et me regarda fixement, quand je l'eus salué.

« Qui êtes-vous? » me dit-il.

c( Je suis attaché à l'ambassade de Votre Majesté a à Constantinople , » et je me nommai. Quittant alors la porte où j'étais demeuré, je m'avançai à quelques pas de lui pour être plus à portée de l'entendre.

— « Eh! bien, que se passe-t-il là-bas?

— « Les janissaires ont déposé le sultan; » puis j'exposai rapidement cette catastrophe. Ce mot de déposition , si mal sonnant à toute oreille souveraine, devint magique par l'indignation qu'il souleva.

« Quelle abominable chose ! quels misérables que ces gens-là! »

i34 HISTOIRE DE LA TURQUIE.

Puis, après quelques moments de réÛe](ion, il reprit, avec un mécontentement contenu : o Mais, tt bon Dieu I comment cela a-'t-il pu aller si tt vite? »

Il y av£(it loin de là à Tinsouciance de son mi*r nistre; sa vive intelligence avait rapidement senti la portée de Tévénement ; il était impatient, curieux, passionné. Évidemment, depuis qu'il avait appris ces nouvelles, elles Tavaicnt uniquement occupé. Sa contenance le témoignait, et l'emploi de sa ma* tinée confirmait cette conjecture. En eflet, j^avais quitté à neuf heures M. de Talleyraqd, qui était resté jusqu'à onze heures avec lui ; mais w\ cette conversation, ni la dépêche du général Sébastiani, n'avaient pu sufCre à Napoléon. À Vmw de son déjeuner il m'avait mandé, tant il avait besoin de pénétrer les causes fatales qui dérangeaient sa pûli?> tique. Il y a, pour les esprits supérieurs, une élude salutaire dans la méditation des faiLs, qui atténue ou détourne leurs conséquences fâcheuses; mais quand ils sont relatifs au renversement d'un trône^ les souverains seuls éprouvent des sollicitudes paiw ticulières que n'éveillent pas en eux d'autres événements. L'esprit le plus élevé n'en pénètre pas les conséquences avec autant de sagacité. C'est dans colle disposition inlellectu(^lle que se trouvait alors

ministre,

« 3ipn qne ^çwîpe^e^r eA^ P^vi de foi danj» l? puissance d^ Tur<», il ft^t ^uehé^du bru^qqe

il lui ^y^h su gré d^ s» docilité pgUUquc, di? ^o|) succès ïéoQnl h rçpousç^r I4 flotte ^pglaiçç, de Sja oonfiapc^ dans la fortune d^ la France, qye ce pripçe persoQ|ii(ipiteQ Iqi l^apoléon, d^ ^ con$l3ji^ ftdipîration, qui rpraonlailr à r^xpédilion 4'EigyptÇr P'' l'avait porjé wûa à so dpclarer pontnç Içurç eoJïlmuns eniieoiisy la Russie et T Angleterre» ^im^t^it doue pour lui un allié plein de »ele, »ilile da«3 la mesure de se9 moyens, et sur la fidélité duquel il pouvait compter. Sa chute du trône, et surtout ce qu'elle avait d'imprévu, durent le surprendre et Taffliger tout' ensemble,

« C'est ce qui inspirait à Napoléon ces énergiques interruptions : « Les misérables I les barba- « res ! D Bientôt il porta son investigation sur les motifs de cette révolution.

— « Mais la cause, la cause, quelle est-elle? p

— * « La cause, c'est pour les masses, l'horreur du

a changement; pour les janissaires, l'orgueil mili-

« taire humilié ; pour les oulémas , leurs intérêts

« menacés, qu'ilscouvrent habilement d'une atteinte

« portée aux sentiments religieux. Ils redoutent les «(Sciences, les arts, les progrès en toutes choses; « ils représentent la réforme comme une violation « du Coran, argument puissant chez un peuple « dont la croyance est facile à alarmer. Ils savent « que tout s'enchaîne dans Tintelligence, et que « l'esprit d'examen une fois éveillé, ruinerait le <( Coran, et par suite leur influence. Aussi» tant « qu'on s'est borné aux améliorations de l'artillerie, « de la marine, des manœuvres, de la discipline en « général, ils ont laissé faire; lorsqu'on a institué « des écoles de sciences, l'opposition s'est ravivée^ « ei l'ignorance du peuple l'a pleinement seeoiidée.

— « La cause est donc religieuse?

— c( C'est du moins la plus grande force de Tat- « laque qui cherche à lui conserver cette apparence, (( bien qu'en réalité l'ambition et la cupidité.y aient (( la plus grande part. Les oulémas ne concourent « point aux charges publiques, ne payent aucune (( taxe, sont à l'abri des confiscations, et, privilège « immense, ne peuvent être punis de mort. Voilà (( ce qu'ils défendent ; tout ce qui tend à porter (( atteinte à leurs droits les inquiète , et ils ont re- « cours aux idées religieuses pour entraver ces inno- « valions et les renverser au besoin. Sans Talarme « des consciences, la tentative d'une révolution eût

Page 1