LIVRE TRENTE-CINQUIÈME. Hl
et d'Alexandre à Tilsitt sur le partage <!*? la Turquie, ou plutôt sur rOrient livré par la Fraiire aux Russes. S'il fallait une démonstration du plus k l'histoire de la versatilité, du néant et de T horizon borné de la diplomatie de l'empire, on In trouverait dans ces entretiens de Napoléon et d'Alexandre,
Sébastiani était encore à Constantinople avec la mission de régénérer et de fortifier la Turquie, comme le rempart nécessaire contre la Russie, et déjà Napoléon oubliant pour une haine inconsidérée et pour une victoire d'un jour, l'intérêt permanent de la France, à conserver en Orient un contre-poids à la Russie, proposait follement au czar de lui sacrifier le sultan. Un souverain véritablement diplomate aurait conçu, comme Louis XIV, précisément le système inverse ; il aurait profité de son ascendant, de sa victoire sur la Russie pour en exiger la restitution des démembrements de l'empire ottoman, pour étayer cette digue de l'Orient contre le débordement moscovite, et pour ressusciter la Pologne. Mais dans l'aveugle emportement de sa nouvelle amitié, il traita la Turquie comme la Pologne, jetant deux empires aux pieds de son ennemi de la veille et de son ennemi du lendemain, pour lui livrer ses amis naturels de tous les temps.
Cette politique saccadée de Napoléon qui avait
iAt HISTOIRE DE LA TURQUIE,
été sa politique dans l'expédition d'Egypte, comme elle était celle de Tilsitt à l'égard de la Turquie, lui fit expier, en 1812, cette prodigalité de largesses» faites auxdépens des Turcs à la Russie. Il le reconnut trop tard , aux jours des revers ; mais alors 11 ne voyait que la vanité de traiter du monde moderne avec un jeune souverain de vieux sang dynastique, comme Pompée, César et Crassus avaient dépecé le monde romain dans l'île du Réno. Sa diplomatie complètement accidentelle et subordonnée à son épée, au Caire, à Varsovie, à Tilsitt, à Madrid, à home, ne fut jamais un plan, mais toujours une exaltation ou un abattement de sa fortune. Il ne combinait pas le monde, il le jouait au jeu de hasard d^ son génie et du champ de bataille. Les historiens (jui ont voulu, après coup, lui prêter les vues lointaines et la sagesse profonde d'un homme d'État, ont élé obligés de lui inventer autant de prétendus systèmes qu'il y a eu de caprices dans sa destinée et dans son génie.
Laissons parler l'historien de l'empire.
« Un coup du ciel , » dit Napoléon à Alexandre^ »^ vient de me dégager à l'égard de la Porte. Mon
LIVRÉ tl^ferfTB.ÙlliaùIÉi!fe. id
a alHé et nioti âmî, lé sttltàtl ISélltïi, a èt^ j^réèîa pîté du trône daiis les iëi^. J*avais cm (][û^ôû « pouvait tàté quelque chôàè de 6eà Tuftt, léUi^ c< rendfé quelque énëfgîé, lèUr apprendre à se sér- « vîr de leuf courage UàtUrél : c^éèt uiié îîlUsîon. ït « faut en Ûnitf à'^na éinpite qui né peut ptus sut- « sisté?, él ëtripêcher que sèâ dépouillés né coiltri- « tueiit k aujjméîiter la' domination de î'Àngfe- « terre. »
« Après avoir âssigîié k Aleiatidre là t'înlandë, cdiiîmé prix de la gUerre contré rAngtetëiré^ Napoléon lui fit entrevoir quelque chose de pliis brillant encore du coté de TOrient,
« Vous devez, » dit-il à Alexandre ^ <f me ^nir u de médiateur auprès de TAngleterre, et tle mé^ « dialeur armé qui impose la paix. Je jouerai le rt même rôle pour vous auprès de la Porte. Je lui « signifierai ma médiation ; t^l elle refuse de traiter « à des conditions qui vous satisrassent^ ce qu'il ne c( faut pas espérer dans Tétai d'anarchie oii elle est « tombée, je m'unirai à vous contre les Turcs j « comme vous vous serez uni à moi contre lés An- « glais, et alors nous ferons de l'empire ottoman un a partage convenable. »
« C'est surtout ici que le champ dés hypothèses devenait immense, et que ^imagination des deux
^ouveraius s'égara dans des combinaisons infinies. Le premier vœu de la Russie était d'obtenir tout de suite, quoi qu'il arrivât de la négociation avec la Porte, une portion quelconque des provinces du Danube. Napoléon y consentait en retour de l'assistance que la Russie lui prêterait dans les affairei^ d'Occident. Cependant^ comme il était probable que les Turcs ne céderaient rien, la guerre allait s'ensuivre, et après la guerre le partage. Mais quel partage ? La Russie pouvait avoir, outre la Bessarabie, la Moldavie, la Valachie, la Bulgarie jusqu'aux Balkans. Napoléon devait désirer naturellement les provinces maritimes, telles que l'Albanie, laThessalio, la Morée, Candie. On trouverait dans la Bosnie, dans la Servie, quelques dédommagemeDti^ pour l'Autriche, soit en les lui cédant en toute propriété, soit en faisant de ces territoires l'apanage d'un archiduc, et on tacherait de la consoler ainsi de CCS bouleversements du monde, desquels elle sortait chaque fois plus amoindrie, et ses rivaux plus grands. •
« Qu'on se ligure le jeune czar, humilie la veille, venant demander la paix au camp de Napoléon , n'ayant sans doute aucune inquiétude pour ses propres États, que l'éloignement sauvait des désirs du vainqueur, mais s'attendant à perdre une notable