LIVRE TRENTE^INQUIÉME
portion du territoire de son aUM le roi de Prusse, et à se retirer déconsidéré de cette guerre ; qu*on se le figure transporté soudainement dans une sorte de monde à la fois imaginaire et réel, imaginaire par la grandeur, réel par la possibilité, se voyant, au lendemain d'une défaite éclatante , sur la voie de conquérir la Finlande et une partie de Pempire turc, et de recueillir d'une guerre malheureuse plus qu'on ne recueillait jadis d'une guerre heu* reuse, comme si l'honneur d'avoir été vaincu par Napoléon équivalait presque à une victoire et en devait rapporter les fruits ; qu'on se figure ce jeune monarque, avide de gloire, la cherchant partout depuis sept années, tantôt dans la civilisation précoce de son empire, tantôt dans la création d'un nouvel équilibre européen, et ne rencontrant que d'immortelles défaites, puis trouvant tout à coup cette gloire si recherchée dans un système d'alliance avec son vainqueur, alliance qui devait le faire entrer en partage de la domination du monde, audessous, mais à côté du grand homme, qui voulait bien la partager avec lui, et valoir à la Russie les belles conquêtes promises par Catherine à ses successeurs, tombées depuis Catherine dans le royaume des chimères; qu'on se le figure, disons-nous, passant si vile de tant d'abattement à de si hautes vm. iO
Wty HISTOIRE DE LA TURQUIE.
espérances, et on comprendra sans peine son agitation, son enivrement, sa subite amitié pour Napoléon^ amitié qui prit sur-le-champ les formes d'une affection enthousiaste, et assurément sincère, au moins dans ces premiers instants.
c< Alexandre, qui était, comme nous l'avons déjà dit, doux, humain, spirituel, mais mobile autant que son père, se jeta brusquement dans la nouvelle voie qui lui était ouverte par son habile séducteur. Il ne quittait pas une fois Napoléon sans exprimer une admiration sans bornes. « Quel grand homme ! » disait-il sans cesse à ceux qui l'approchaient ; « quel «génie! quelle étendue de vues! quel capitaine! « quel homme d'État ! Que ne l'ai-je connu plus « tôt! que de fautes il m'eût épargnées! que de « grandes choses nous eussions accomplies ensem- « ble ! » Ses ministres qui l'avaient rejoint, ses généraux qui l'entouraient, s'apercevaient de la séduction exercée sur lui et n'en étaient pas fôchés, car ils s'applaudissaient de le voir sortir d'un trèsmauvais pas avec avantage et honneur, à en juger du moins par la satisfaction qui rayonnait sur son visage
« Le partage possible, probable, de l'empire turc ('(ail le sujet continuel de l'entretien. Un premier