LIVRE THENTE^INQUIÉMË. i
Turquie, la déploya, puis, reprenant l'entretien et posant tout à cou.p le doigt sur Constantinople, s'écria plusieurs fois, sans s'inquiéter d'être entendu du secrétaire, dans lequel il avait une confiance absolue : « Constantinople ! Constantinople ! jamais ! a c'est l'empire du monde. »
Ce mot , rapporté comme une explosion de sagesse dans la bouche de Napoléon par l'historien, ne signifiait en réalité que le remords contradictoire d'un homme qui accorde et refuse à la fois; car, après la cession des provinces danubiennes, du périple de la mer Noire et de l'Asie aux Russes; après la cession de la Servie et de la Bosnie à l'Autriche, et après l'envahissement de la Grèce, du littoral de l'Adriatique et de l'Egypte par l'empire français, qu'était-ce que Constantinople? un vain nom de capitale laissé à un empire détruit, une Rome de l'islamisme sans pape.
On ne peut s'étonner assez que l'historien qui a écrit ces pages, devenu plus tard homme d'État lui-même, ait voulu exercer contre le sultan Mahmoud la même spoliation que Napoléon offrait à Alexandre d'exercer contre Mustapha IV, et qu'il
ait armo la France et engagé nos flottes pour donner à un pacha précaire en Syrie, en Arabie et sur le Nil, une partie de l'héritage d'Othman.
Revendes à Constantinople.
Cette politique de Napoléon à Tilsitt, connue bientôt à Constantinople et à Londres, rejeta forcément la Turquie dans les bras de l'Angleterre et prépara le Grand-Seigneur aux ouvertures de réconciliation et d'alliance que le cabinet de Londres avait chargé lord Paget d'aller faire à Constantinople. Ce diplomate se défia naturellement de Cabatchi-Oghli, qu'on savait lié avec Sébastiani. 11 noua ses trames dans l'intérieur même du sérail par un jeune homme, favori du sultan, émir akhor ou grand écuyer de Mustapha IV.
L'émir akhor avait entraîné son mailre et le divan ; le traité avec l'Angleterre, préparé sous le voile du plus profond mystère, allait être signé. Un de ces Grecs, interprètes de la Porte, que la connais* sance des langues européennes et la confiance obligée de la Porte introduit dans la confidence de ses négociations, le prince Alexandre Soutzo, révéla au général Sébastiani le traité conclu avec P Angleterre.