‹ Histoire de la TurquieChapitre 248 sur 360 · LIVRE TRENTE-SIXIÈME. ^m · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SIXIÈME. ^m

dans les pays de liberté, est une vertu dans les cou* trées despotiques. La vertu même a besoin de se couvrir d'ombre pour ne pas se révéler par son éclat. Les grands desseins ne seraient, sans cette précaution, que de grandes témérités. Ils doivent mûrir dans les derniers replis du cœur. Les mystères du harem accoutument les Ottomans à ces mystères de la politique. Mustapha-Baraiklnr n'avait, dit-on, pour conûdent de ses gémissements sur le sort de Sélim que l'esclave albanaise qu'il aimait, et l'eunuque abyssinien, gardien de son harem. Partout ailleurs, il écoutait sans trahir ses pensées profondes. On ne le croyait attentif qu'à son armée et aux Russes ; les nouvelles publiques ne lui arrivaient que par des bruits confus du sérail.

Nous avons vu que le caïmakam Taïas-Pacha, expulsé de Constantinople par le muphti et par Cabatchi-Oghli, s'était retiré et comme exilé après sa destitution à Rustschuk. Ce ministre disgracié, mais toujours altéré du pouvoir dont il avait à peine goûté, arrivait l'âme ulcérée de sa chute, irrité contre le parti de Constantinople, contre le muphti,

contre Cabatchi-Oghli, plein de ressentiment et de mépris contre le sérail et contre le sultan qui Pavait si facilement sacrifié à ses ennemis. Il trouva dans Mustapha-Baraiktar un homme sensible à ses plaintes et avide de ses confidences.

Taïas-Pacha, dans ses longues intimités, instruisit le pacha de Rustscbuk de toutes les circonstances de la révolution qui avait détrôné Sélim lU, des intrigues du muphti, des trahisons du premier caïmakam, assassin do ses collègues, de la domination insolente des yamaks, de la servile turbulence des janissaires recevant le signal et Texemple de ces prétoriens d'Asie, de Thabile et sourde direction d'un fanatique consommé, Gabatchi-C^hli. Il avait vu Sélim abandonné et négligé dans un kiosk intérieur du sérail ; il avait été témoin de sa résignation et de ses larmes; il tremblait tous les jours pour sa vie et pour celle de Mahmoud. L'immolation de ces deux princes du sang d'Othman pouvait tMre d'un moment à l'autre inspirée au sultan pour assurer son règne en supprimant tout compétiteur ou tout successeur au trône. Il y avait au sérail des cœurs assez profonds pour couver ce double crime, des bras assez féroces pour l'accomplir. La coupe empoisonnée, le cordon, le sabre, étaient à toute heure dans les mains des courtisans de Mustapha lY.

Page 1