‹ Histoire de la TurquieChapitre 253 sur 360 · LIVRE TRENTE-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SIXIÈME

vrir ; Hadji-Ali et ses quatre fantassins les saisissent, les garrottent, les bâillonnent et les donnent en garde aux cavaliers restés dans le chemin; puis, se faisant indiquer Tappartement de Cabatchi-Oghli, ils s'y précipitent sans respect pour la sainteté inviolable du harem , ils y surprennent Cabsttchi nu et sans défense au milieu de ses femmes et de ses esclaves effrayés ; ils Tarrachent de leurs bras et le traînent hors de la maison.

« Que voulez-vous de moi? Par quel ordre? Quel a est mon crime?» criait en vain le yamak étonné. « Est-ce la mort? Accordez-moi au moins le temps « de faire mes prières. »

Mais Hadji-Ali, sans céder à la pitié ou à la religion une minute, qui aurait pu être mortelle à Baraiktar :

« Il n'est plus temps pour toi de prier, scélérat, » lui dit-il : « meurs et expie tes meurtres ! ».

Et brandissant son poignard, il le plonge dans la gorge du yamak. Cabatchi tombe et expire sur le seuil de sa maison. Hadji-Ali lui tranche la tête, la jette dans un sac, et charge deux cavaliers montés sur des chevaux du désert de la porter le plus rapidement possible à Baraiktar.

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Hàdji-AIi avait accompli sattd brait Mft sanglant message. 11 dispefsa ses cavaliefs dans les maisons du village de Fanarki, exclusivement peuplé de Grecs ; il fit garder les issues pour qu'aucune fumetir de révénement ne parvînt âut châteaux et aux batteries où couchaient lesyamaks. Il attendit le jour pour se présenter à ces troupes, pour leur déployer le flrman du grand vizir, pour leur annoncer le supplice de leur chef, et s'emparer, grâce à leur surprise et à leur obéissance, du commandement dont Baraiktar Pavait investi.

Les yamaks avaient dormi en effet dans le châtean sans soupçon du meurtre de leur commandant, ni de l'approche de la vengeance de Sélim sur leurs têtes. Au lever du jour, Hadji-Alî, seul, s'approche des portes, entre dans la cour, appelle à lui les officiers et les soldats, déclare sa mission, lit à haute voix le firman de mort dont il est porteur, et annonce aux troupes que Cabatchi-Oghli a cessé de vivre. D les somme en môme temps de reconnaître en lui le chef nommé par le divan pour les commander.

L'étonnement, les fréquences de ces revers foudroyants et de ces élévations subites, en Orient,

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rhabitude devoir le meuitriëf récompensfidtf iâtltif^ tre par la place de la tictime^ la con^tefnation t\ïëz les uns, la haine cotitre Càbatchl-Qgbli satisfàife chez les autres, là voit de quelques offitiers présâ& de se ménager le pardon {)àt* P(A)éissance, engâ^|Mlt les yamaks à se soùinîéttre à une fatalité âcconfpiié. Hadji-Àli est prêt à saisir sans oppositioù le àài* mandement.

Mais dans ce moment d'hésitation des soldats, la mère, les femmes légitimes et les enfants de Cabat« ehi-Oghli, qui habitaient le château, informés de la mort de leur fils, de leur mari, de leur père, sortent en larmes et en poussant des cris de désespoir, de la maison où ils sont enfermés. Les femmes se répandent, les cheveux épars, à demi vêtues, les bras levés vers le ciel, dans les cours, parmi les soldats. La pitié réveille rattachement chez ces barbares. Ils s'attendrissent à la vue de la famille en pleurs de leur commandant massacré.

Un membre de cette famille, Soliman-Aga, oncle de Gabatchi et commandant en second dans les batteries, élève la voix : « Janissaires! » s'écrie-t-il en montrant du geste Hadji-Âli, « prenez garde à ce c que vous allez faire! on vous trompe; cet homme « et ses compagnons ne sont que de lâches assassins ; «jamais le sultan, qui comblait hier Gabatchi-

« Oghii des marques de sa faveur^ n'aurait ordonné « la mort ignominieuse qui vient de le frapper. Ces « instruments de la trahison veulent vous perdre c< avec Tempire ! Vengeons sur eux le sultan, la reli- « gion^ nos lois, notre chef, notre honneur menacés! c( Punissons ces vils meurtriers , et apprenons à « Baraiktar comment ses ordres et les exécuteurs de (( ses crimes sont reçus par les fidèles musulmans ! »

A ces mots, à ces cris de femmes , à ces larmes des petits enfants présentés aux yamaks dans les bras des mères, les soldats retournés poussent des hurlements de rage et courent aux armes. Hadji- Ali, que ses cavaliers avaient rejoint dans la cour, n'a que le temps de tourner la tête de son cheval vers les portes, et de s'enfuir vers les siens au village de Fanarki. Il s'y barricade dans un groupe de maisons voisines de celle où il a passé la nuit. Deux fois les milliers de yamaks, conduits par Soliman- Aga, viennent lui donner l'assaut; deux fois son feu, dirigé du haut des maisons et des murs crénelés, les repousse. Les yamaks, décimés par les balles d'Iladji-Ali , reviennent armés de torches et mettent le feu au village. Le vent du Nord, régulier et violent.

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qni se lève au milieu du jour et souffle de là mer Noire, les seconde. Les maisons consumées vont servir de tombeau âUX cavaliers do Baraiklar, tU prennent conseil du désespoir ; au lieu de fuir vers les collines boisées qui les ramènct-aiont au Biilkan* ils font une sortie, du côlé du Bostïborc, contre les yamaks; ils les enfoncent, ils les traversent , ils se précipitent daûs Une vaste toUr en pierres servant de fartai sur la c6te ; ils en referment les portes, et se couvrent à la fois des boulets et des fin m mes de rincendie par les voûtes épaisses et par les murailles de la tour.

Trois jours et trois nuits les yamaks et les janissaires, exailés par la rage, tournèrent les ciUiôns de leur batterie contre ces quatre-vingts braves enfermés dans ce bloc de pierres à moitié écroulé. Les décharges de leur canon étonnaient et troublaient la capitale. Les yamaks, disait-on dans la ville, sont aux prises avec une bande de brigands descendus du Balkan pour piller les villages grecs de la côte, et pour incendier Constantinople mèmC) afin d'en emporter les dépouilles.

Le sérail, mieux informé, mais croyant à un mouvement combiné entre Hadji-Ali et Tarméë bientôt sous ses murs, restait immobile, et attendait l'événement pour se décider. Le sultan tenait convins lî

seil sur conseil. Privé de son énergie par la mort de Cabalchi-Oghli, il appelait en vain au palais tous les hommes influents de sa capitale pour leur demander la résolution qui lui manquait. Tous licsilcrent a se prononcer. Les janissaires de la ville, ayant à combattre leurs frères dans ceux de l'armée d' Andrinople , qui s'approchait, s'arraeraienl-ilsî les artilleurs, dont la moitié revenait avec le grand vizir, combattraient-ils leurs camarades? Les yamaks, sans leur âme évanouie avec Cabalchi-Oghli, sufliraient-ils avec la populace et les imans pour résister à une armée de trente mille hommes, commandée par le pacha de Rustschuk, et portant l'étendard vénéré du Prophète ? On se décida à la temporisation, qui laisse éclater le secret du destin et s'accumuler la ruine sur la lêle des hommes indécis.

Baraiktar, informé enfln par les deux cavaliers d'Iladji-Ali de la mort du chef des yamaks, précipile, sa tête à la main, la marche de l'armée qu^il avait ralentie jusque-là. Le quatrième jour après le meurtre de Fanarki, elle était campée au Grand- Pont, village à quatre lieues de Gonstanlinople, dans une attitude muette et menaçante.

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