LIVRE TRENTE-SIXIÈME
n'aliendait plus que l'occasiûn. Elle se présenta le sixième jour.
Les sultans ont Thabitude, pendant l'été, d'aller une ou deux fois par semaine en grand cortège, soit à cheval, escortés des principaux officiers du sérail, soit par mer, sur de magnifiques barques dorées à seize rames, passer la journée dans un des kiosks entourés de jardins et arrosés de fontaines qu'ils habitent sur les bords du Bosphore, soit en Europe, soit en Asie. Mustapha IV, pour mieux montrer aux yeux du peuple la parfaite liberté de son esprit, sortit de bonne heure du palais le 28 juillet. Il s'embarqua sur un de ses bateaux de parade ; il traversa le port au bruit du canon qui saluait son passage, et se rendit avec quelques sultanes et quelques favoris au kiosk écarté de Cheuk^Soug, sur la rive asiatique du canal. Ce kiosk est à environ deux heures de navigation du sérail. Il se proposait de ne revenir qu'à la nuit.
Baraiklar, informé de moment en moment de ses mouvements par des espions, saisit l'heure. Il fit avertir les conjurés de venir le joindre à Daoud- Pacha un à un et par des portes diverses. Il manda
m HISTOIRE DE LA TURQUIE,
le grand vizir, dont il se défiait, au camp, sous prétexte d'une imminente sédition à prévenir parmi les troupes. Le grand vizir accourut à celte invitation. Baraiktar, qui jusque-là n'avait montré à Ibrahim que la moitié de son âme, la lui dévoila tout entière.
Ibrahim, qui n'avait pas cru que son premier pas à la suite de Baraiktar rentraincrait h une telle extrémité, pâlit, hésita, trembla, étonné do se trou* ver en lace d'une si terrible résolution, Baraiktar, aimant mieux briser un instrument douteux que de le voir se briser à l'œuvre, s'indigna contre la timi* dite du vizir, lui reprocha sa faiblesse, son ingrati** tudo envers son ancien maître Sélim , lui arracha de ses propres mains avec violence le cachet de Tempire, signe de son autorité, et le jeta prisonnier dans une tente voisine de la sienne, sous la garde de quelques-uns de ses soldats les plus dévoués, char» gcs de lui en répondre, mort ou vif. Sans perdre un instant, il lit prendre les armes à l'armée, toujours sous le prétexte de rendre les honneurs militaires à Tétendard du Prophète, et marcha à la tête des troupes do son camp de Daoud-Pacha jusqu'à la porte principale du sérail.
Le peuple des faubourgs et de la ville, ne voyant dans la marche de Tarmée qu'un cortège pacifique