LIVRE VINGT-NEUVIÉME
mans même révoltéa^ x»ntre le vicaire de Dieu, pouvait, par un crime Jàcile et habituel dans sa maison, se rendre nécessaire à l'empire. Son frère, Ahmed, proclamé sultan à sa place, et tous les princes de son sang étaient sous sa main. En jetant quelques cadavres aux soldats, il devenait inviolable, car il restait le seul rejeton du sarig d'Othman.
Il refusa à ses conseillers de sauver sa vie et sa couronne par un crime. Il se fit ouvrir les appartements reculés où languissait Ahmed, le serra avec larmes dans ses bras, lui apprit le vœu du peuple, le salua, le premier, empereur, et le conduisant par la main à la s?ille du trône, il Ty fit asseoir et se prosterna devant lui.
« Souvenez-vous, mon frère, » lui dit-il en se séparant de lui, « que tant que j'ai régné, je vous ai « laissé vivre et jouir d'une sorte de liberté ; je vous « prie d'en user de même avec moi. Fils et frère a de sultans, vous êtes digne du trône; raaisgar- « dez-vous d'oublier que vous devez votre élévation « prématurée à des traîtres, à des rebelles, et que, « si vous laissez lefur attentat impuni, ils ne tardea ront pas à vous traiter comme ils m'ont traité a moi-même. »
Ainsi le vaincu léguait au vainqueur la vengeance commune. Après ces paroles, Mustapha II
se retira dans le vieux sérail, où il avait passé sa jeunesse et où les regrets du trône et les tristesses de la solilude le conduisirent en quelques mois au tombeau. Prince précaire, proclamé par une surprise, déposé par une sédition, apparu comme une providence héroïque dans le déclin de l'empire, arrêté dans sa carrière de gloire par la désobéissance d'un grand vizir à la bataille de Zenta, et puni, par l'ingratitude de son peuple, de la paix heureuse et nécessaire qu'il avait rendue à l'empire par le traité de Carlowilz, son courage et ses vertus furent de lui, ses adversités furent de sa fortune. On lui doit une place parmi ces jouets du sort que la nature avait créés pour ûtredes héros, et donl les circonstances ont fait des victimes.