LIVRE TRËNTE>^I)(IfiMË. m
entraient dans cette pai lie du sérail pour exécuter Tarrét dq Mustapha IV ^ le pressentiment du sort qui menaçait le jeune prince avait saisi ses serviteurs ; ils s'étaient jetés, le poigaard à la main, au-^ devant des eunuques, et leur avaient disputé un moment l'entrée du corridor qui conduisait aux appartements intérieurs de Tenfaut. Les eunuques, bientôt occupés à lutter contre Sélim^ avaient cédé, soit par impuissance, soit par pitié. Mahmoud, au bruit et aux cris du combat prolongé entre Sélim et ses assassins, avait eu le temps de fuir dans les couloirs les plus sombres du palais. Là, un jeiine esclave de son âge Pavait roulé dans un tapis recouvert encore d'un ou de deux rouleaux de nattes, et s'était dérobé lui-même du palais, de peur de trahir par sa présence le lieu où son maître était caché.
Mahmoud avait entendu de là les derniers gémissementsde son cousin et de son ami Sélim, le tumulte des cours et des jardins, le bruit des armes, les clameurs confusesqui remplissaient les allées de cyprès. Averti par Sélim des projets de délivrance médités par Baraiktar, certain d'une résolution et d'un combat sous les murs, incertain du succès, ne pouvant distinguer h travers ces voix confuses qui montaient jusqu'à lui quel était le cri et le nom que la victoire ou la défaite faisait retentir à ses oreilles, il gémis-
m HISTOIRE DE LA TURQUIE.
sait dans Tagonie et l'attente, pleurant son ami et résignant son propre sort à la fatalité. On ignore s'il fut ainsi préservé par le mystère de sa retraite ou par la pitié de Mustapha IV.
L'esclave qui Pavait caché et qui s'était jeté ensuite dans la foule, apprenant la déposition du sultan et la proclamation de Mahmoud II, accourut le délivrer de ses voiles, et saluer son empereur dans Tami et dans l'enfant qu'il venait de sauver. La foule enivrée le conduisit devant Baraiktar.
Baraiktar, se précipitant à genoux devant Mahmoud, baisa le pan de sa pelisse, et fît le geste de mettre sa tête sous le pied de son jeune souverain.
c( Mon maître, » lui dit-il, « un crime exécrable « vient de priver l'empire de son légitime souverain « dans la personne du sultan Sélim I II fut votre « père adoptif, vous fûtes son élève et son ami ; ses « principes et ses vertus revivent en vous ; vivei (( pour défendre la religion du Prophète; vivez pour « relever la force et la gloire des Osmanlis! »
Cent mille hommes dans les cours et dans les jardins du sérail, bientôt un million de voix sur la mer el dans la ville, répètent c^lte acclamation de Ba-