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LIVRE TRENTE-SIXIÈME

On remarquait dans cette foule de notables de l'empire, au nombre et à l'éclat de leur suite, à la beauté de leurs chevaux, à la magnificence de leur équipement, les beglerbegs d'Asie et d'Europe et les grands feudataires de Caramanie, les chefs et les fils des familles souveraines de Caraman-Oghli, et de Tchiapan-Oghli, familles qui lèvent chacune des armées de leur clan dans les montagnes et dans les vallées du Taurus. Des corps de cavalerie les accompagnaient.

Baraiktar, qui méditait des coups de force après les délibérations et les conseils, avait envoyé un confident à Cadi-Pacha, cet ancien soutien des réformes militaires de Sélim, qui gouvernait toujours dans TAsie-Mineure et qui avait maintenu sous les armes et formé à la tactique nouvelle un corps d'armée indépendant des janissaires. Cadi-Pacha reçut Tordre secret de se faire suivre jusqu'aux portes de Scutari , en face du sérail, de trois mille soldats d'élite, sous prétexte de rendre les honneurs militaires au nouveau sultan. Le cœur aigri de Cadi- Pacha, aussi dévoué à Sélim III que Baraiktar lui-

même, bondit de joie à l'idée de se venger de Constanlinople et des janissaires qui l'en avaient jadis expulsé.

Les pachas de Damas et de Bagdad ne purent s'y rendre à cause de la distance. Ali, pacha de Janina, rêvait déjà Tindépendance , mais, aQectant epcore le zèle d'un fidèle soutien du trône, il n'osa pa«raitre de peur d'un piège; il envoya seulemepi un corps de troupes et un lieutenant avec rinsimction secrète de ménager tous les partis, de ne oompro^ mettre son maître avec aucun et de voter toujours avec le plus fort. Mehemet-Ali, pacha d'Egypte, se dispensa de venir et d'envoyer un représentant, sous prétexte que l'Egypte ne connaissant pas l'institution des janissaires, n'avait pas d'opinion à donner sur la réforme à opérer dans cette milice.

On remarqua comme un signe caractéristique du cœur humain que les chefs, les ayams et les représentants des familles principales de la Bulgarie et de l'Albanie se refusèrent seuls à paraître à Gonstantinople , par dédain pour leur compatriote Baraiktar, dont la basse origine et la grandeur actuelle contrastaient à leurs yeux, les humiliaient, les rendaient jaloux. Le sol môme où ce grand homme était né lui pardonnait le moins son élévation, tant les vices de la nature humaine

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