LIVRE TRENTE-SIXIÈME
de brigands, détacha de son armée, campée à Gonstantinople, un corps de six mille hommes pour aller châtier les insurgés. Mola-Aga fut battu, mais il reparut bientôt dans la province de Rustschuk , à la tête de nouvelles bandes. Baraiktar, pris une seconde fois au piège qu^onlui tendait, affaiblit son corps d'armée par de nouveaux détachements. Son armée de seize mille hommes se trouva ainsi réduite, vers le commencement de l'hiver, à six mille ; c'était trop peu pour assurer une domination qui devenait de jour en jour plus odieuse à la capitale. Baraiktar pouvait la recruter, il négligea de le faire ; au lieu de solder les troupes nécessaires à sa sûreté et à l'accomplissement de ses plans, il prodigua le trésor de l'État à ses créatures. Il fit plus : trop confiant dans les promesses que les pachas et les gouverneurs des provinces voisines lui avaient faites d'entretenir leurs détachements à sa disposition, il fit lever les tentes de son camp de Daoud-Pacha et dispersa ses six mille soldats chez les habitants de Constantinople.
Les nouveaux corps à peine formés, déjà méprisés, étaient plus propres à exciter des révoltes qu'à les contenir; les robustes enfants du mont Hémus, du mont Taurus, des montagnes de la Chimère et du Pinde, qui recrutaient ordinairement les gardes
iU HISTOIRE DE LA TURQUIE,
(niiioalièrf^du pacha, auraient rougi des'incorporer Aàm les rangs de cette milice, balayure d'une capw taie, et où on leur demandait le sacrifice de leur liberté, de leur costume et de leurs armes. Le mois de Ramadban venait de s'ouvrir, cette époque o& pendant trente jours le jeûne, Tactivité, les prédications et le fanatisme prédisposent les musulmans aux séditions les plus dangereuses; les nuits remplacent les jours ; ils se réunissent après le coucher du soleil dans les cours des mosquées, dans les cimetières, sur les places publiques, dans les cafés; ils y écoutent des orateurs ambulants ou des conteurs publics qui sont aux Orientaux ce que les journaux sont en Europe. Ils y parlent avec une extrême liberté des événements du jour, des affaires publiques, des ministres, du sultan kii-méme;ce sont là les foyers fiévreux de l'opinion, d'autant plus hardie qu'elle s'y couvre du manteau de la religion et qu'elle y est plus insaisissable à toute la police du gouvernement. On y peignait le pacha de Rustschuk comme un giaour dont le sang infidèle venait d'une source chrétienne, homme audacieux, avide, à la fois prolecteur et oppresseur de son maître, mille fois pire que ces ministres de Sélim IH dont Cabalchi-Oghii, maintenant pleuré, avait délivré les Osmanlis. Ces rumeurs nocturnes fanali- j
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saient teïlement le bas peuple, qu'où entendait prêcher à haute voix dans les bains, autour des fontaines, qu'il fallait se défaire de ce chien d'iûfidèle, et que des placards affichés jusque sur les portes de son palais annonçaient le soulevé ment i^l la vengeance du peuple pour les fètcs du Bcirain, à la fin du Ramadhan.
Les conseillers intimes de Baraiktar rengageaient à se défier de ces symptômes, à abandonner Constantinople, à conduire à Andrinople le jeune sultan Mahmoud et le sultan Mustapha IV, son prisonnier, à négliger les insurrections de la Roumélie, à rappeler ses troupes personnelles autour de lui, à recruter l'armée licenciée depuis son triomphe, et à marcher ensuite en force sur Constantinople par la même route qui Tavait déjà mené une fois au succès, en traînant après lui les deux sultans, gage de l'obéissance des Osmanlis.
Baraiktar dédaignait ces précautions et ces craintes; Texemple de Cabatchi-Oghli, qui avait contenu, soulevé et calmé à son gré la capitale, sans autre appui que quelques centaines d'Asiatiques indisciplinés, lui faisait croire que ces six mille