‹ Histoire de la TurquieChapitre 276 sur 360 · LIVRE TRENTE-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SIXIÈME

lèvements qu'on allait provoquer, stationnerait devant le palais de Taga des janissaires pour envoyer de là des renforts sur tous les points de la capitale où la résistance des Albanais rendrait le combat douteux.

La présence des oulémas, la voix respectée des imans, le concours des chefs, la colère du peuple, la vengeance longtemps muette des soldats, donnèrent un ensemble et un mouvement irrésistible à cette explosion. Partout à la fois les Albanais de Baraiktar, surpris da:ns leurs logements, furent immolés sans défense ou forcés de fuir dans la campagne. Nulle part on n'apercevait la lutte entre le peuple et les soldats. Le palais du grand vizir et les cours de ce palais remplies de ses gardes étaient la seule forteresse devant laquelle la sédition pût s'arrêter. Une colonne de janissaires, dirigée, dit-on, par les oulémas, entassa dans les quartiers voisins de ce palais, à l'abri des boulets et des balles, de vastes bûchers dont le vent de la Propontide portait la flamme sur les maisons voisines de ce sérail. En peu d'instants, ce quartier, bâti en bois, ne fut qu'une mer de flammes.

Cependant, Timprudent vizir, trompé par la solitude et par le silence qu'il avait trouvés dans les rues en retournant à son palais, s'était retiré sans soupçon dans son harem, et, après un festin prolongé, dormait d'un profond sommeil entre les bras de sa favorite et sous la garde de son eunuque. Les rumeurs de la ville, le bruit des combats partiels, le tumulte des cours et le cliquetis des armes pénétraient à peine dans le séjour de ses délices et de son repos. L'ivresse et la volupté avaient épaissi son sommeil. Les eunuques eurent peine à le réveiller.

Ce réveil fut terrible. Un ciel de feu couvrait son palais. Le sifflement des flammes, le fracas des murailles s'écroulant, les cris désespérés de ses gardes et de ses esclaves cherchant à fuir, et n'échappant à la flamme que pour tomber mtusssr crés sur le seuil par le sabre des janissaires, Timmense mugissement du peuple qui montait de tous les quartiers comme le bruit d'une tempête ven* ce lieu élevé, enfin les cris de victoire et de joie poussés autour des murs de l'enceinte par ceux qui égorgeaient ses femmes, ses esclaves , ses

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