LIVRE TRENTE-SIXIÈME
gardes, les bonds et les hennissements de deux cents chevaux abandonnés par leurs cavaliers et courant effarés pour échapper aux flammes qui commençaient à les dévorer, tout annonçait au pacha une mort inévitable. 11 n'avait de salut que dans une tentative désespérée : réunir un groupe de ses plus braves serviteurs et se faire jour, le sabre à la main, jusqu'au sérail ou jusqu'à une des portes de la ville. Mais au moment où il s'armait pour cette sortie et où il plaçait son esclave favorite, compagne de sa couche, ses eunuques et quelques pages chargés de ses trésors, au milieu du groupe qu'il allait conduire au combat, un bûcher de débris de maisons, de planches et de solives demi-calcînées, construit par les janissaires devant la porte, éleva ses flammes par dessus les murs et le repoussa dans l'intérieur du palais. Chacun alors parmi les siens chercha au hasard sa perte ou son salut dans la fuite. Le pacha de Rustschuk, comptant sur l'armée dont il ignorait la dipersion complète, et ne doutant pas d'être délivré aprè^ l'incendie, ne chercha qu'à se dérober aux flammes et aux balles dont il était entouré et assailli; gagner du temps sur la sédition, pour lui, c'était la vaincre.
Il y avait, à l'extrémité d'une des ailes de son
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j)alais de bois, une tour en pierres, destinée par les grands vizirs à servir, en cas d'incendie, d'asile et d'entrepôt à leurs familles et à leurs trésors. Celte tour, à plusieurs étages de voûtes superposées les unes sur les autres, communiquait au palais par un portique en maçonnerie. Elle était fermée par plusieurs portes en fer que les flammes ne pouvaient atteindre, et que les balles ne pouvaient traverser. L'artillerie seule aurait pu ouvrir un passage dans Tenceinte de ce bloc de granit.
Soit que Baraiktar eût pressenti quelquefois les hasards d'une insurrection qui viendrait rassaiilîr jusque dans son palais, et qu'il eût en conséquence les clefs de ce bâtiment abandonné dans la main, soit qu'un instinct naturel et prompt lui montrât cotte tour comme son seul refuge, il s'y jeta avec sa favorite et l'eunuque confident de son ambition, de ses trésors et de ses amours. Il prit soin d'y porter avec lui des armes, des vivres et ses bijoui les plus précieux. Aucun œil ne le vit entrer. Il reforma derrière lui les verroux des trois portes dé fer (jiii défendaient chaque étage et s'enferma avec la jeune Albanaise et le noir, unis à son sort dans Tappartement le plus élevé de la tour.
Ce qui se passa dans cette retraite pendant les trois jours et les trois nuits ou Taboixi de la tour