‹ Histoire de la TurquieChapitre 278 sur 360 · LIVRE TRENTE-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SIXIÈME

fut défendu par les flammes est un mystère qu'aucune langue n'a révélé. On ne trouve à cet égard dans les dépêches des agents français que des conjectures contradictoires.

Le palais de Taga des janissaires et le principal campement de cette innombrable milice qui borde, la Propontide, espèce de Stamboul compris entre les vieilles murailles des Grecs et Sainte-Sophie, le vieux sérail aujourd'hui rebâti et habité par le sérasker ou généralissime des troupes, les rues, les bazars, les mosquées de Stamboul, les faubourgs populeux d'Aïoub, les alentours du sérail jusqu'au pied de ses murs, en un mot, tout l'ancien Constantinople, étaient en armes ou en feu, au pouvoir des janissaires et de leurs partisans. Nul désormais ne paraissait en état de refouler une révolution si générale, si irrésistible, et de balancer la fortune. Deux hommes seuls l'osèrent cependant, et ils prouvèrent ainsi que le pacha de Rustschuk avait bien jugé le caractère et la fidélité des deux soutiens qu'il s'était choisis dans ces périls. Ces deux hommes étaient le capitan pacha Ramis et le général des troupes régulières d'Asie campées à Scutari, le cou-

rageux et obstiné Cadi-Pacha. Le commandant général de rartillérieles seconda^ ainsi que lé gétté^ rai des Seymen de Levend-Chiflik. Si ces quâtte officiers, qui conservèrent leur sang-froid et surent maintenir leurs troupes, avaient eu à leur tête le grand vizir, alors prisonnier de l'incendie, nul doute que Baraiktar vainqueur, après un moment d'étonnement, n'eût exterminé ce jour-là une milice qui ne tomba que seize ans plus tard, après avoir causé, par ses agitations et sa lâcheté, le démembrement de l'empire. Mais l'ivresse, Tamoup et le sommeil avaient tout perdu.

XLm

Ramîs-Pacha habitait l'arsenal, séparé du faubourg d'Aïoub, de la ville et du sérail par le golfe de mer qui forme le port et qui va s'enfoncer en se rétrécissant et en mourant entre deux collines couvertes de faubourgs agités dans le vallon des Eaux- Douces d'Europe. Il voyait de ses fenêtres les progrès de la révolte par les progrès de Pinccndie ; les cris des combattants, les sifflements et les lueurs des flammes arrivaient jusqu'à lui, reflétées par les vaguesdela Corned'Or, etrépercutésparles deuxrives. Quelques messagers inaperçus se jetaient dans des

Page 1