LIVRE TRENTE-STXTÈME
tique et le plus turbulent de tous, de s'embarquer avec les deux mille autres, de traverser le bras de mer, et de se jeter avec ce renfort dans les jardins du sérail, pour défendre jusqu'à la mort ou jusqu'à la délivrance la demeure et la liberté du sultan.
Ces dispositions fermes et sages prises, Ramis envoya quelques éclaireurs par le vallon des Eaux* Douces sur les routes d'Andrinople, avec ordre de tuer tous les janissaires qu'ils rencontreraient se rendant à la ville pour renforcer leurs cohortes, et d'interdire à tous les voyageurs l'accès de Gonstantinople. 11 dispersa de plus une foule d'agents secrets et de conteurs publics, dans les foules et dans les cafés, chargés de répandre le bruit de l'évasion de Baraiktar, et de son prochain retour à la tête de son armée, ralliée hors des murs, pour venger sa surprise et punir les séditieux. Ces mesures, ce canon sur la Proponlide, ces barques chargées de soldats traversant la Corne d'Or pour fortifier le sérail, ces rumeurs répandues de bouche en bouche, ébranlèrent la sédition, éclaircirent les rangs du peuple, et réduisirent les janissaires à leur propre force et à la plus abjecte populace, recrutée par le pillage dans les faubourgs malfamés, qui croupissent sous l'ombre, dans les murs de Constantinople.
Que n'eût pas fait dans un pareil moment l'ap-
parition de Baraiktar, si la flamme lui eût ouvert une route vers Ramis 1 Déjà les imans se retiraient de leurs chaires séditieuses^ les oulémas rentraient dans leurs maisons, affectant une prudente neutralité. L'aga et les officiers des janissaires, qui n'avaient obéi à leurs troupes que par impuissance de leur résister, se déclaraient perdus et se préparaient au supplice. Le peuple, croyant à Tévasion de Baraiktar et à son retour à la tète des Albanais ralliés, courait aux portes et aux murailles pour lui fermer tout accès. Les rues et les places voisines de la Propontidg se vidaient sous les boulets des deux vaisseaux qui tonnaient depuis deux jours contre le quartier de Taga. Les murs du sérail étaient défendus par les pages, les bostandjis et les soldats de Chalcédoine, introduits dans les jardins par Cadi-Pacha. Tous les groupes d'insurgés ou (le janissaires qui osaient se montrer au pied des murailles jonchaient à Tinstant les rues, les places ou la mer de leurs cadavres. Le feu seul, se propan géant de maison en maison, de rue en rue, combattait pour les révoltés. Tel était l'état de la ville à la lin du second jour de la révolution, etBaraiktar ne paraissait pas.