LIVRE TRENTE-SIXIÈME. 2H
rent des armes et se groupèrent comme une àrftiéè de la jeunesse autour du sultan. Les bostandjis, di-^ visés en autant de corps qu'il y a de portes, furent chargés de les défendre ou de mourir sur le seuil. Cadi-Pacha et ses deux mille soldats exercés de là' Caramanie, se rangèrent en bataille dans la graÉilfe"^ cour de Saint-Irénéc, devant la porte principale âii' sérail. Les vivres et les munitions apportés par tnét de Scutari et de Chalcédoine ne manquaient pas au palais. L'empire tout entier, réfugié dans cette presqu'île inexpugnable, semblait comme au temps des empereurs Grecs , gardé par les flots des deux mers.
Un feu sûr et continuel, échangé entre les janis-* saires exaspérés et les seymen couverts par les créneaux, fit résonner toute la journée du 15 novembre les collines, les cyprès et la rade de Constantinople. Partout ailleurs que sur le promontoire . du sérail, un calme sinistre et un silence d'anxiété pesaient sur les sept collines de la seconde Rome. Des hauteurs de Scutari, de Galata, d'Aïoub, de Tophana, des dômes et des minarets de Sainte-Sophie, on voyait sous un ciel limpide et inondé de
soleil les légères fumées des coups de fusil des seymen couronner les murs d'un feston de feu. Les volées de canon des deux vaisseaux, embossés sous le palais de l'aga des janissaires, faisaient par molaents trembler Tair et frémir les flots. Les flammes rampantes de l'incendie, renfermé encore autour du palais de Baraiktar^ semblaient s'afiaisser avec la sédition.
Ramis-Pacha, satisfait d'une répression qu'on devait tout entière à sa fermeté et à son génie, vil les symptômes de la victoire dans l'ébranlement du peuple et des janissaires. Il résolut de la saisir et de ne ])as la convertir en carnage, puisqu'il pouvait l'utiliser en soumission. Une sédition vaincue, lassée et soumise, lui promettait pour Mahmoud un gouvernement aflermi et tout-puissant.
Il se jeta dans une barque, traversa le port et s'introduisit dans l'enceinte du sérail. Déjà des ouvertures de pacifîcation étaient échangées du dehors entre les oflîciers repentants des janissaires et les défenseurs du sultan. Le moment était décisif, il conjura Mahmoud et son conseil de le saisir. Il proposa de proclamer du haut des mui's et des mina-