‹ Histoire de la TurquieChapitre 284 sur 360 · LIVRE TRENTE-SIXIËME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-SIXIËME

serviteurs; il monta l'escalier d'une tour en pierres, qui s'élève contiguê à la porte et dont les meurtrières voient au loin sur la place et dans la ville. Il y passa le temps du combat entre l'espoir et la crainte, observant, à l'aide d'une longue-vue, les progrès ou les revers de ses soldats.

Cadi**Pacha fondit comme une muraille de fer sur la colonne de tête des janissaires, qui occupait la place et qui fusillait les créneaux. Il les refoula, les dispersa, les poursuivit, entra, sur leurs pas, dans leur caserne de la place Sainte-Sophie, les précipita par les fenêtres, parvint à la place de l'Hippodrome, couverte, comme le sol de Baalbeck ou de Palmyre, de débris debout ou renversés du moyen &ge, balaya devant lui les masses qui entouraient d'un cordon le palais du grand vizir. La flamme qui dévorait encore les murailles et les escaliers de bois de ce palais en interdit l'entrée à ses troupes. Il établit une forte réserve sur la place de l'Hippodrome, et, divisant sa petite armée en trois colonnes, il les lança à travers Stamboul : l'une vers le château des Sept-Tours; la seconde vers la mosquée du sultan Soliman, point culminant du Promontoire et dominant à la fois la Propontide et la Come-d'Or; la troisième enfin, commandée par lui-même, vers le foyer de l'insurrection, au palais de l'aga des janis-

saircs. Il ordonna aux deux colonnes dont il allait

se séparer ainsi de balayer les rues devant elles

et d'immoler sans pitié tout ce qui portait les

armes.

Les colonnes obéirent, sans rencontrer d'obstacle d'abord ; mais, trop confiantes dans la solitude des rues, et s'abandonnant au pillage et au massacre dans rintérieur des maisons forcées, elles s'affaiblirent à mesure qu'elles s'avançaient, laissant la rage et la vengeance derrière elles. Les cris des femmes, les pleurs des enfants, le sang des vieillards, le spectacle des victimes, entassées par les survivants sur le seuil des maisons, ou précipitées des fenêtres, rendirent aux habitants le courage par l'excès même de la terreur. Ils s'encouragèrent les uns les autres, se reprochant mutuellement leur lâcheté; ils se rallièrent derrière les colonnes, d'abord par groupes, bientôt par masses ; ils appelèrent les janissaires plus aguerris à les commander, et ils attaquèrent les troupes de Cadi-Pacha à leur retour, tandis que de toutes les maisons sur leur route, les pierres, les tisons, l'huile bouillante, pleuvaient sur elles en les écrasant. Le feu, allumé à la fois par les uns pour dévorer la ville, par les autres pour étouffer leurs ennemis, s'étendit bientùt en vaste incendie. Les trois colonnes, décimées dans

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