LIVRE TRENTE-SIXIÈME
leur marche, se replièrent avec peine d'abord sur la place de THippodrome, et bientôt sur la place qui précède la porte du sérail ; là, protégées par l'embouchure des rues étroites qui y aboutissent et par le feu qui partait des créneaux et qui les couvrait, elles résistèrent vaillamment à la multitude des insurgés que la témérité de Cadi-Pacha avait fait refluer contre le palais.
Les janissaires, ne redoutant plus de nouvelles sorties des troupes du sultan, se portèrent en masse à leur caserne de Sainte-Sophie pour la reconquérir. Trois cents seymen avaient été oubliés par Cadi* Pacha dans cette caserne. Noyés dans un flot toujours croissant d'assaillants, ces trois cents hommes, sans espérance pour leur vie s'ils rendaient ce poste, résolurent d'y venger du moins leur propre mort. Les janissaires y donnèrent inutilement vingt assauts. Toujours foudroyés au pied des escaliers ou dans les cours, ils mirent le feu à l'édifice. Les seymen s'y laissèrent consumer en combattant jusqu'à l'écroulement des murailles, sous lesquelles ils périrent jusqu'au dernier. L'incendie de cet immense palais jeta ses flammes sur tous les quartiers
U» HISTOIES hE LA TURQUIE.
voisins, et menaça d'entourer le sérail même d'un
océan de feu.
Cadi-Pâcba avait en vain tenté d'aller délivrer ses seymen. Le feu des maisons, la flamme de Tin* cendie, les cadavres qui remplissaient les mes Tempéchcrent d'arriver jusqu'à Sainte-Sophie. Le commandant des seymen^ Soliman-Âga, ren^t prussien, qui avait été un des premiers instruo leurs des nizams et à qui Baraiktar avait confié le commandement de ce corps, fut blessé dans cette retraite, tomba de cheval et, saisi par la populace, fut déchiré en mille lambeaux. Cadi4^acha, rame* nant un peuple entier sur ses pas, fut forcé d'abri* ter ses soldats découragés dans Tenceinte même des cours du sérail. L'incendie, que personne ne cher* chait plus à arrêter et que soufflait le vent de la Proponlide, couvrit promptement d'une nappe de {eu toute la partie de la ville qui s'étend de l'Hip*podrome et de la place Sainte-Sophie jusqu'au! portes du palais. Les femmes, les vieillards, les enfants périrent par milliers dans les décombres. Les janissaires, acharnés au combat, ne pensaient qu'à tuer et non à sauver.