LIVRE TRENTE-SIXIÈME
Mahmoud, que la mort de Mustapha IV rendait jacré même à ses vainqueurs, ne craignait plus rien pour lui-même. Bien loin de chercher à prolonger une lutte inutile, il céda au sort, se promettant de le retourner un jour contre ses ennemis. H favorisa la fraternisation des seymen et des soldats de la Caramanie avec les janissaires. La réconciliation se fit sur la place et dans la première cour du sérail. Les janissaires,satisfaits, ne demandaient que quelques têtes; le sultan les leur déroba. Il fit embarquer Ramis-Pacha, Cadi-Pacha, Begdjy-Effendi et les principaux amis de Baraiktar sur une barque qui les attendait à la pointe du sérail. Des rafneurs fidèles les éloignant aussitôt de la côte, les débarquèrent à Rodosto, sur la Propontidé. De là, ils atteignirent Rustschuk, où les partisans, toujours fidèles de Baraiktar, les dérobèrent quelque temps à la vengeance des janissaires. Leur départ apaisa cette révolution qui avait ensanglanté et incendié la capitale pendant cinq jours. Les janissaires brûlèrent, le môme jour, les magnifiques casernes dés troupes régulières pour effacer jusqu'à la tracé d'une odieuse innovation. Ils envoyèrent, dans la soirée, des députés au sultan pour lui demander pardon de leur révolte et pour l'assurer de leur inviolable fidélité. Le muphti, hostile en secret à
2oi HISTOIRE DE LA TURQUIE.
Baraiktar, vint, à la Icte des oulémas, féliciter le jeune prince de sa défaite comme d'une victoire. Il y voyait le triomphe de la monarchie, de la religion et des vieilles lois. Tout rentra dans Tordre ancien et abandonna le parti vaincu.
Peu de temps âpres, Ramis-Pacha, qui était né en Crimée, alla demander asile à sa patrie, déjà soumise aux Russes. Cadi-Pacha, après avoir erré pendant quelques jours dans la Caramanie, pour y recruter de nouveaux ennemis aux janissaires, fut reconnu à Kutaïali sous l'habit d'un derviche. Sa lùtc tranchée, portée à Constantinople, fut exposée pendant un mois sur les crénaux de cette porte du sérail, qu'il avait si héroïquement défendue. Le nom de Baraiktar, enseveli pendant longtemps dans le silence de la peur, resta scellé sous la dissimulation des sentiments qu'on lui portait : odieux aux janissaires et aux oulémas, gardiens et possesseurs inléressés des abus de l'empire, sacré aux amis du sage Sélim, à la fois regretté et redouté de Mahmoud, qui lui devait trop de reconnaissance pour ce qu'un souverain peut en porter à un esclave. Quelques nnn('(»s après, on le jugea mieux, on l'admira plus,