LIVRE TRENTE-SIXIÈME. 25o
3n le plaignit davantage. Il reste un des plus grands noms de ces drames aventureux qui composent l'histoire d'Orient, si semblable à un poëme ; un héros le courage, d'audace et de fidélité, un Antar européen à qui il ne manqua, comme l'Antar arabe, ju'une lyre pour chanter son propre héroïsme et 5on sacrifice à un maître ingrat.
Fils d'un pâtre des vallées qui séparent la Bulgarie et l'Albanie, berger lui-même, puis dompjeur de ces chevaux qu'il élevait pour les pachas voisins, respirant la guerre pour la guerre, reconnu chef à l'intrépidité et à l'instinct des com- )ats, remarqué par les généraux de Sélim III, élevé )ar ce prince au rang de pacha, honorant seul les evers des armées ottomanes par des incursions vicorieuses sur le territoire ennemi et par la sécurité le la province la plus exposée, confiée à son sabre ; e formant sans solde une armée personnelle, mainenue et disciplinée par le sentiment de la supérioité et par l'amour de son chef; fier et tendre comme elion de Sélim, nom qu'il aimait à se donner; plein le mépris pour ces janissaires amollis, soldats de )arade quand l'empire était calme, de sédition [uand il était troublé; voyant de loin tomber le naître qu'il adorait sous la turbulence de ces préoricns, aiïcrlaiil rindiiïérenco pour mieux cacher
la pitié et pour mieux préparer la vengeance, touchant au but de sa conjuration et recevant un catla\Te à venger au lieu d'un souverain à replacer sur le trône, pleurant comme une femme, récitant son héroïsme et sa dissimulation perdus; appelé, enfin, à consommer une révolution par riinpossibilité de reculer après la révolte, couronnant avec indifférence un enfant porté par sa victoire au pouvoir suprême, l'exerçant avec vigueur mais avec rudesse, égaré dans une capitale corrompue entre les intrigues d'un sérail qu'il offense et les ressentiments d'une milice qu'il menace, se décourageant du salut de l'empire, se fiant à son sabre, se réfugiant dans l'amour, s'endormant dans la volupté, réveillé par la sédition, la flamme et la mort, voilà Baraiktar.
Les Bulgares, les Albanais et les pasteurs des bords du Danube chantent encore les légendes sauvages et touchantes de sa vie et de son supplice, comme celles de Scanderbeg et de Czerni-Georges; les Turcs l'oublient ; grand homme, mauvais ministre, plus fait pour la guerre que pour le gouvernement, le vizir a fait tort au héros I