LIVRE TRENTE-SIXIÈME
blant d'un commerce mystérieux que dérobaient à tous les soupçons les murailles d'une maison com-* mune. Ils se proposaient de fuir ensemble pour s'unir dans un pays chrétien aussitôt qu'ils auraient fait passer leurs richesses sur une terre libre.
Cependant une mutuelle terreur corrompait leurs espérances et leurs joies. Leur beauté même attirait sur eux les regards et la pensée de leurs voisins. Nul néanmoins ne se doutait de leurs rapports. Lé sentiment de sa faute et de son danger inquiétaîf seul le bonheur du jeune Grec. 11 croyait que sort crime était écrit avec son bonheur sur son visage. Tous les regards le troublaient. Le remords le perdit.
Un jour qu'il était monté par l'escalier dérobé chez sa fiancée, quatre janissaires, sans aucun soupçon, entrèrent dans son magasin pour acheter quelques parfums rares pour leurs femmes. L'enfant qui gardait la boutique pendant l'absence de sort maître ne trouva pas dans les urnes et dans les coffrets l'espèce d'aromate demandé par les janissaires. Ils insistèrent, ils s'obstinèrent à attendre le marchand lui-môme. L'enfant, intimidé, alla le chercher. Le jeune Grec, voyant dans un hasard une intention, et dans l'insistance des janissaires à le demander une préméditation de le convaincre et de
2fiO HISTOIRE DE LA TURQUIE.
le saisir, parut si pâle, si déconcerte et si balbutiant à leur yeux, qu'ils furent frappés d'étonnement, et qu'en recherchant les causes de son trouble, ils découvrirent son crime. Ils le menèrent au adi, qui le condamna au supplice pour avoir violé h harem d'un musulman.
Baraiktar, instruit, cassa le jugement et recommanda aux amants de fuir la vengeance, non des lois, mais du fanatisme : il protégea lui-même leur fuite en Albanie, où son nom est encore béni pour cette clémence.