LIVRE TRENTE-SEPTIÈME
furent punies sur un fleuve de Russie. En politique, on retrouve toujours sa faute sous ses pas, sans savoir ni quel jour ni à quelle station de sa roule. La fatalité n'est qu'un mot par lequel l'homme s'excuse de ses imprévoyances. L'homme porte en soi sa fatalité. Celle de Napoléon en 1812 fut d'avoir vendu la Pologne à des complaisances pour l'Autriche, et la Turquie à des adulations pour Alexandre.
Mahmoud II profita de la paix avec les Russes pour soumettre les Servions, dépourvus, cette fois, de l'appui des Russes. Kourchid-Pacha s'avança par la Bosnie, une autre armée turque par la Vallée de Nissa, sur Belgrade. Czerni-George, amolli par une longue paix, et envié par les chefs secondaires de la Servie, s'abandonna lui-même, et se réfugia, après une vaine tentative de résistance, sur le territoire autrichien. Ce libérateur de la Servie ne fut plus qu'un proscrit vulgaire soldé par la Russie pour agiter les Serbes ; trahi et livré par un boyard servicu dont il avait emprunté l'hospitalité dans un de ses retours secrets en Servie, il fut décapité par ses ennemis et mourut en aventurier, après avoir cora-
mencé en brigand, combattu en héros et fini en
transfuge.
Belgrade rentra au pouvoir des Turcs. Leur vengeance contre les Serviens, complices de l'indépen* dancedeleurpatrie, souleva de nouveaux libérateurs. Milosch Obrenowich, rival de Czerni-George, s'échappa de Belgrade, jeta le cri de hberté dans les montagnes.
C'était un simple berger dans son enfance; la nature l'avait fait grand, la guerre de Tindépendance brave, la nécessité politique. Une réunion générale de tous les Serviens, chefs de village, le proclama chef suprême du mouvement dans une église de campagne de la haute Servie. Le cri de : guerre à nos oppresseurs! fut sa seule harangue; tous les échos des montagnes et dès vallées lui répondirent. Vainqueur de Kourchid-Pacha dans toutes les rencontres avec les Turcs, Milosch, qui ne voulait pas briser, mais relâcher seulement les liens de Vasselage avec la Turquie, se rendit avec confiance au camp deKourchid pour traiter des conditions de la paix. La Servie, libre et pacifiée, ne fut plus qu'un État tributaire sous le gouvernement héréditaire du prince Milosch. Ce souverain d'une principauté égale à un royaume ne savait pas signer son nom.
a Ne sachant pas écrire, » dit*il lui-même dans