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LIVRE TRENTE-SEPTIÈME

rebelles au percepteur, et lui donna à ce titre le grade militaire de boulouk-baschi.

Une veuve de la Cavale, parente de l'intendant, fut frappée, comme la première épouse du Prophète, de la physionomie et de Taptitude de Méhémet; elle l'épousa, lui livra son commerce de tabac et lui donna en peu d'années ses trois premiers fils, Ibrahim, Toussoun et Ismaïl, devenus plus tard guerriers, pachas et princes en Egypte sous leur père.

Un marchand marseillais, nommé Lion, établi pour le commerce des tabacs à la Cavale, se plaisait dans la société du jeune marchand et lui donnait par ses entretiens les premières notions et les premières émulations des choses d'Europe. De là sa prédilection pour la France que la guerre, les arts, l'urbanité de ses habitants et le souvenir de son bienfaiteur lui rendaient chère entre toutes les nations. Sa reconnaissance , comme celle du grand vizir Topai, alla depuis chercher en France le vieillard qui avait ouvert à ses yeux l'horizon de la moderne civilisation.

C'était le temps où le sultan Sélim III recrutait

une armée pour aller arracher TÉgypte à l'invasion, sans prétexte, des Français. Le gouverneur de la Cavale leva trois cents Épirotes dans ces montagnes pour rejoindre en Egypte l'armée du grand vizir; il donna le commandement de ces volontaires' à son fils. Méhémet-AIi suivit comme ami de la famille le fils de son protecteur dans cette expédition. Le jeune Turc, bientôt lassé de la navigation et des fatigues de la campagne, revint à la Cavale, laissant le commandement de sa troupe à Méhémet-Ali, qui prit le titre de colonel ou bim-bascbi.

Ce fut son premier pas sur la terre d'Egypte. Il y marcha rapidement aux postes supérieurs à travers toutes les vicissitudes de la domination alternative des Turcs, des Mamlouks, des Albanais, des Français, des Anglais, des Arabes, qui se succédèrent au Caire ou à Alexandrie. Distingué par tous les vice-rois et par tous les amiraux envoyés par la Porte pour relier le Nil à l'empire, il s'attacha un corps d'Albanais, tantôt auxiliaires, tantôt oppresseurs des vices-rois. 11 défendit avec eux le Caire contre les Mamlouks, et mérita une grande popularité parmi les Arabes de cette capitale par sa vigueur dans la répression des tyrannies soldatesques de ses propres troupes. Kourchid-Pacha, reconnaissant, lui donna le commandement des Turcs, tantôt

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