‹ Histoire de la TurquieChapitre 30 sur 360 · LIVRÉ TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRÉ TRENTIÈME

supplice avec six de ses coreligionnaires. Le patriarche des Arméniens schisma tiques, Ther Joannès, assistait ^ Texécution. Six des condamnés, en pré^ sence du grand vizir et des bourreaux, abjurèrent leur foi pour sauver leur tête ; le septième, le prô*tre arménien Comidas, accepta avecjoiele martyre.

« Ignores-tu donc, » lui demanda le patriarche Joannès, « que ta désobéissance aux ordres du sul* « tan fait de toi un rebelle et te voue à la mort? »

a Je lésais, » répondit Comidas, «mais je ne recon a nais à aucun pouvoir temporel le droit de décider « entre deux rites lequel est le pltis agréable à Dieu. a Et toi, vizir, » ajouta-t-il ^ s^ftdressant à Ali , « crois-tu donc qu'en te remettant le sceau et le glaive « de l'État, le sultan t'a conféré Tinfaillibilité de « jugement entre deux cultes étrangers à celui que c( tu professes ? »

« Je juge Vun et l'autre également mauvais, » répondit Ali, « et je te condamne à mort, non comme « schismatique, mais comme rebelle ; du reste. Dieu a sait le meilleur^ et ton sang retombera sur tes accu- « sateurs, s'ils se sont rendus coupables d'impos- « ture. »

« Amen! amen! qu'il en soit ainsi! «répond le patriarche Ther Joannès, « que ton sang retombe « sur les jésuites qui t'ont séduit, toi et beaucoup

a de membres de notre église arméniemie. » Aussitôt le grand vizir donna ordre de faire trancher la tête au hardi défenseur de sa foi, et à deux autres qui, encouragés par son exemple^ voulaient mourir avec lui de la mort du martyre. Us furent conduits derrière le palais du grand vizir; là, Comidas exhorta ses deux compagnons à recevoir avec courage le coup fatal; puis, s'agenouillant, il fit une courte prière, et présenta sa tête au bourreau, qui, après l'avoir séparée du tronc d'un seul coup, la plaça entre les jambes du cadavre, qu'il étendit le ventre contre terre. Trois jours après, la fille de Comidas, âgée de seize ans, vint réclamer les restes de son père, qui lui furent abandonnés, et elle les lit déposer dans le cimetière de Balikli, sur l'emplacement duquel se trouvait jadis le célèbre palais des Fontaines des empereurs de Byzance. Depuis, son tombeau a toujours été très-fréquenté par les pèlerins arméniens du rite catholique.

« Ainsi, » dit l'historien catholique Hammer, «la première persécution qu'eurent à essuyer les Arméniens catholiques dans l'empire ottoman, et la suppression de la première presse arménienne à Constantinople, furent l'œuvre des jésuites, auxquels ' on doit également attribuer l'enlèvement du patriarche arménien non catholique, l'apostasie des Armé-

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